Les images de Téhéran sous les bombes et les foules en deuil après la mort de l’ayatollah Ali Khamenei ont ravivé une question embarrassante pour le régime iranien : où est passé le soutien russe ? Malgré des années de coopération étroite, la réaction de Vladimir Poutine s’est limitée à des condamnations verbales et à un appui diplomatique, sans engagement militaire concret.
Le Kremlin a dénoncé un “assassinat cynique” et accusé Washington et Tel-Aviv de précipiter la région vers une escalade incontrôlée. Le porte-parole Dmitri Peskov a évoqué des “consultations permanentes” avec les dirigeants iraniens. Mais aucune mesure opérationnelle n’a suivi. Un scénario qui rappelle d’autres précédents : en Syrie, où le soutien russe n’a pas empêché l’affaiblissement du régime de Bachar al-Assad, ou encore au Venezuela, où Moscou s’est montré incapable de protéger durablement Nicolás Maduro.
Pour comprendre cette retenue, trois facteurs majeurs se dégagent.
1. Un partenaire, mais pas une alliance
En 2025, Moscou et Téhéran ont signé un partenariat stratégique. Toutefois, ce texte ne comporte aucune clause de défense mutuelle. La Russie avait d’ailleurs précisé qu’il ne s’agissait pas d’une alliance militaire formelle. Autrement dit, Moscou n’est pas tenue d’intervenir.
Si l’Iran a fourni à la Russie des drones Shahed et divers équipements dans le cadre de la guerre en Ukraine, cet échange reste transactionnel. L’intérêt prime sur la loyauté. Une implication directe exposerait la Russie à un affrontement élargi avec les États-Unis, scénario que le Kremlin cherche à éviter.
2. Un Iran affaibli sert aussi les intérêts russes
Un Iran isolé demeure dépendant de Moscou sur les plans énergétique et sécuritaire. Or, si Téhéran se normalisait et revenait massivement sur le marché européen du gaz ou du pétrole, il deviendrait un concurrent direct de la Russie. Certains analystes estiment qu’une telle évolution affaiblirait considérablement l’influence énergétique du Kremlin en Europe.
En laissant l’Iran sous pression, Moscou conserve une marge d’influence. Cette dépendance renforce la position russe dans la relation bilatérale.
3. L’Ukraine absorbe l’essentiel des ressources
Enfin, la guerre en Ukraine mobilise l’essentiel des capacités militaires russes. Ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient impliquerait des moyens humains, financiers et logistiques dont Moscou ne dispose pas en abondance. Les experts rappellent qu’aucune grande puissance ne peut durablement soutenir plusieurs conflits de haute intensité simultanément sans en payer le prix.
En définitive, la prudence russe révèle une constante : Moscou privilégie ses intérêts stratégiques à toute solidarité idéologique. Pour Téhéran, le message est clair : le soutien russe existe, mais dans les limites strictes du calcul géopolitique.



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