Il y a encore quatre ou cinq ans, la figue de barbarie faisait partie des petits plaisirs populaires de l’été marocain. Dans les quartiers, les souks, les marchés ou au bord des routes, elle se vendait à 50 centimes, parfois un dirham l’unité. Le citoyen pouvait s’arrêter devant un vendeur ambulant, manger cinq, dix ou même davantage de fruits, debout, simplement, sans que cela ne pèse sur son budget.
Aujourd’hui, le décor a complètement changé. La figue de barbarie, autrefois fruit du peuple, est devenue presque un produit de luxe. Dans certaines villes, son prix dépasse les 12 dirhams la pièce, une hausse spectaculaire qui a éloigné ce fruit de la table des familles modestes. Le consommateur qui en achetait autrefois par dizaines hésite désormais à s’offrir une seule pièce.
Cette flambée s’explique d’abord par les ravages causés par la cochenille du cactus, un parasite qui a détruit de vastes superficies de plantations au Maroc. La production a fortement reculé, provoquant une rareté sur les marchés. Mais cette crise agricole ne suffit pas à tout expliquer.
La figue de barbarie est aussi devenue une matière première très recherchée dans l’industrie cosmétique. Ses pépins permettent de produire une huile précieuse, utilisée dans les soins de la peau, les produits anti-âge et les cosmétiques haut de gamme. Pour certains producteurs, la transformation et l’exportation rapportent désormais bien plus que la vente directe du fruit au consommateur local.
Ainsi, un fruit longtemps associé à la simplicité, à la rue marocaine et aux souvenirs d’été change progressivement de statut. Ce qui était jadis accessible à tous devient rare, cher et parfois réservé à des circuits plus rentables.
Au-delà de la simple hausse des prix, la figue de barbarie symbolise aujourd’hui un changement profond dans les habitudes de consommation au Maroc. Entre les ravages de la cochenille, la baisse de la production et l’orientation croissante vers l’industrie cosmétique, le citoyen ordinaire paie le prix fort. La question reste posée : faut-il sacrifier un produit ancré dans le quotidien des Marocains au profit d’un marché plus lucratif destiné à l’export ?
Par Salma Semmar












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