La supposée disparition d’une influenceuse écossaise au Maroc, rapidement démentie, agit comme un révélateur d’une dérive préoccupante : celle de certains créateurs de contenu prêts à scénariser l’extraordinaire pour capter l’attention, quitte à travestir la réalité.
Dans un pays devenu une destination phare pour son authenticité et sa stabilité, ces mises en scène ne sont pas sans conséquences. Une simple alerte amplifiée sur les réseaux sociaux peut, en quelques heures, se transformer en crise médiatique internationale, fragilisant l’image du Royaume et semant le doute chez les touristes potentiels.
Ce phénomène est d’autant plus inquiétant qu’il est amplifié par les logiques propres aux plateformes numériques. Les algorithmes favorisent les contenus sensationnels, émotionnels, voire anxiogènes, au détriment de l’information vérifiée. Une rumeur, une mise en scène ou une exagération peuvent ainsi atteindre des millions de personnes avant même d’être démenties, laissant des traces durables dans l’opinion publique.
Au-delà de l’opportunisme individuel, certains observateurs évoquent également un risque plus stratégique : celui d’une instrumentalisation de ces contenus dans un contexte régional sensible. Sans céder aux raccourcis, la répétition d’images négatives ou de récits alarmistes peut contribuer, volontairement ou non, à altérer la perception de la sécurité et de la stabilité du Maroc.
L’impact économique n’est pas à négliger. Le tourisme repose sur la confiance. Une image écornée, même temporairement, peut entraîner des annulations de séjours, une hésitation des tour-opérateurs et une prudence accrue des investisseurs. À l’approche du Mondial 2030, ces enjeux prennent une dimension encore plus stratégique.
Face à ces dérives, la question d’un encadrement s’impose. Sans restreindre la liberté d’expression, des mécanismes pourraient être envisagés : charte de bonnes pratiques pour les influenceurs, partenariats encadrés avec les acteurs du tourisme, ou encore vigilance accrue face aux contenus trompeurs susceptibles de nuire à l’image du pays.
Le Maroc n’a pas besoin de scénarios fabriqués pour séduire. Sa richesse culturelle, la diversité de ses paysages et l’hospitalité de sa population constituent une réalité tangible. Encore faut-il que cette réalité ne soit pas parasitée par une quête effrénée de buzz, où l’image devient parfois une construction éloignée du terrain.
Par Salma Semmar












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