La célébration de l’Aïd Al-Adha cette année ne laissera probablement pas de bons souvenirs à une grande partie des Marocains, qu’ils appartiennent à la classe moyenne ou aux catégories les plus modestes. La conjonction de plusieurs facteurs inquiétants risque même, à terme, de priver de nombreuses familles de ce rituel profondément ancré dans les traditions du Royaume.
L’édition 2026 de cette fête a été marquée par des dysfonctionnements préoccupants, à commencer par la flambée des prix du bétail. Plus grave encore, de nombreux observateurs ont dénoncé l’existence d’une pénurie artificielle alimentée par certains éleveurs et intermédiaires, qui ont préféré maintenir des prix élevés malgré le recul de la demande et la réticence croissante des consommateurs.
Faute d’avoir pu agir suffisamment en amont pour contenir cette spéculation devenue récurrente à l’approche de l’Aïd, les autorités ont dû intervenir dans les marchés officiels et informels en multipliant les contrôles et les mesures dissuasives. En réaction, certains vendeurs ont choisi de retirer leurs troupeaux et de quitter les marchés, refusant toute baisse des prix, laissant de nombreux acheteurs désemparés.
Cette campagne a révélé les limites d’un secteur souvent désorganisé, où les intérêts commerciaux prennent parfois le pas sur le respect du consommateur, de la réglementation et de l’esprit même de cette célébration religieuse.
Aujourd’hui, de plus en plus de Marocains s’interrogent sur leur capacité à perpétuer cette tradition. Alors que certaines familles aisées peuvent encore acquérir plusieurs moutons, d’autres peinent à acheter les produits les plus modestes liés à la fête.
À terme, cette célébration à plusieurs vitesses pourrait fragiliser l’attachement populaire à l’Aïd Al-Adha, en transformant un moment de partage et de convivialité en une source de frustration, d’inégalités et de regrets.



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