Samedi 13 juin, au New York New Jersey Stadium, le Maroc a tenu le Brésil en échec, 1-1. Saibari ouvre à la 21e, Vinícius égalise à la 32e. Beau résultat. Mais ce n’est pas le score qui restera.
Ce qui restera, c’est un moment du match que la plupart des médias ont mal raconté. Beaucoup ont titré sur un « onze de départ entièrement né à l’étranger ». C’est inexact : Azzedine Ounahi, né à Casablanca, était titulaire. Le fait réel est ailleurs, et il est plus intéressant. Pendant une vingtaine de minutes, en toute fin de rencontre, après les remplacements, le Maroc a aligné onze joueurs tous nés hors de ses frontières — une configuration présentée par plusieurs observateurs comme inédite dans l’histoire de la Coupe du monde. Onze joueurs, huit pays de naissance : Montréal, Madrid, Palma, Toulouse, Leiderdorp, Nancy, Senlis… Bounou est né à Montréal. Hakimi, le capitaine, à Madrid.
Ce n’est pas une anecdote de recrutement. C’est un fait observé de l’extérieur : pendant ces minutes-là, le Maroc a été l’image la plus nette d’une nation dont une part significative vit, naît et grandit ailleurs.
On peut s’arrêter là, applaudir, et passer à autre chose. Ce serait l’erreur.
Parce qu’un moment pareil pose une question qu’on préfère d’habitude éviter : qu’est-ce qu’appartenir à un pays quand on est né à mille kilomètres de ses frontières ? La réponse était sur la pelouse. Ces enfants formés à Lille, Madrid ou Anvers n’ont pas hérité du Maroc par le sol. Ils l’ont choisi. Ils ont porté un maillot que rien, dans leur état civil, ne les obligeait à porter.
Et c’est là que le football donne une leçon que la politique publique n’a pas encore tout à fait apprise.
On ne peut pas célébrer la diaspora les soirs où elle fait trembler le Brésil, puis la traiter le reste de l’année comme une annexe : un flux de devises, une file de voitures au port l’été, des Marocains à temps partiel sommés de prouver leur attachement. On ne peut pas dire « revenez investir, revenez consommer, revenez chanter l’hymne », puis répondre à ceux qui hésitent, doutent ou demandent à être traités dignement : « si vous ne voulez pas rentrer, restez là-bas. »
Le lien qui fait choisir un maillot ne se décrète pas. Il se construit, avant le moment où l’on a besoin de lui. La Fédération l’a compris : on n’attire pas une diaspora avec un slogan, on l’attire avec une relation, une continuité, une reconnaissance entretenue dans la durée. Ces joueurs ne sont pas venus pour une prime — beaucoup sont déjà millionnaires. Ils sont venus parce que le lien tenait.
La vraie question n’est donc pas sportive. Si ce lien est assez puissant pour ramener onze trajectoires de l’exil sous le même maillot, pourquoi resterait-il, partout ailleurs, traité comme accessoire ?
Samedi, le temps d’une vingtaine de minutes, onze Marocains nés ailleurs ont porté le Maroc face au Brésil. Reste à savoir si le pays veut seulement célébrer sa diaspora quand elle gagne — ou construire avec elle quand elle parle.
Par Dr Wadih Rhondali











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