L’un des plus importants procès de criminalité organisée de ces dernières années au Maroc a connu son épilogue. Jeudi soir, la Chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Casablanca a rendu son verdict dans le très médiatisé dossier dit « Escobar du Sahara », mettant un terme à plus de deux années d’enquête, d’instruction et de débats judiciaires.
Au terme de plusieurs dizaines d’audiences, la juridiction présidée par le conseiller Ali Tarchi a prononcé de lourdes condamnations à l’encontre de plusieurs figures connues de la vie politique, économique et sportive, poursuivies dans cette vaste affaire liée notamment à un réseau présumé de trafic international de stupéfiants, de falsification de documents officiels, de corruption, de blanchiment et de trafic d’influence.
L’ancien président du Wydad Athletic Club, Saïd Naciri, a été condamné à dix ans de réclusion criminelle. Il répondait devant la justice de plusieurs chefs d’accusation, parmi lesquels la falsification de documents officiels, la participation à une organisation liée au trafic de drogue, l’escroquerie, l’abus d’influence ainsi que des faits de pressions visant à obtenir de faux témoignages. Durant toute la procédure, l’intéressé a contesté les accusations portées contre lui, affirmant devant la Cour qu’il était étranger aux faits qui lui étaient reprochés.
La peine la plus lourde a été infligée à Abdenbi Bioui, ancien président de la région de l’Oriental, condamné à douze ans de prison ferme. Son frère, Abderrahim Bioui, a quant à lui écopé de neuf années d’emprisonnement, notamment pour des faits liés à une atteinte arbitraire à la liberté individuelle.
La Cour a également condamné à dix ans de prison ferme l’ancien député du Parti Authenticité et Modernité, Belkacem M., poursuivi notamment pour faux en écriture publique, corruption, facilitation de passages irréguliers aux frontières, participation présumée à un réseau de trafic de stupéfiants et recel de biens issus d’infractions.
L’affaire trouve son origine dans l’arrestation, fin 2023, de plusieurs personnes soupçonnées d’entretenir des liens avec le trafiquant malien connu sous le surnom d’« Escobar du Sahara ». L’enquête avait progressivement conduit les autorités judiciaires à interpeller vingt-huit personnes issues de milieux très divers, parmi lesquelles des hommes d’affaires, des élus, une styliste, des chefs d’entreprise, un notaire, des commerçants, des agents de sécurité ainsi que des fonctionnaires.
Au cours des audiences, seuls neuf accusés ont choisi de s’exprimer devant la Cour. Les autres, parmi lesquels Abdenbi Bioui, ont préféré garder le silence tout au long des débats, laissant leurs avocats assurer leur défense.
Tout au long du procès, la défense a contesté la solidité des preuves présentées par l’accusation, dénonçant des incohérences et demandant l’acquittement de ses clients. Le ministère public, de son côté, a maintenu que les éléments du dossier justifiaient pleinement les poursuites engagées.
Avec ce jugement, la justice marocaine tourne une page importante d’un dossier qui a suscité une très forte attention médiatique et politique. Si ce verdict marque la fin du procès en première instance, il ne met pas nécessairement un terme définitif à la procédure, les personnes condamnées conservant la possibilité d’exercer les voies de recours prévues par la loi.












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