Après plus de deux années d’instruction, de confrontations, d’auditions et de plaidoiries, le très médiatisé dossier dit « Escobar du Sahara » entre dans sa phase décisive. Ce jeudi, les principaux accusés se sont exprimés une ultime fois devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, avant que les magistrats ne se retirent pour délibérer. Dans les couloirs du tribunal comme au sein de l’opinion publique, chacun mesure désormais l’importance d’un verdict appelé à marquer durablement l’histoire judiciaire récente du Maroc.
Depuis son ouverture, cette affaire hors norme a donné lieu à plus de quatre-vingts audiences et à des centaines d’heures de débats. Au cœur du dossier figurent des accusations de trafic international de stupéfiants, de blanchiment d’argent, de faux, de corruption et de trafic d’influence visant plusieurs personnalités politiques, élus, hommes d’affaires et anciens responsables publics. Tous contestent cependant les faits qui leur sont reprochés et plaident leur innocence.
Lors de cette dernière audience, les accusés ont bénéficié d’un ultime droit de parole avant la clôture des débats. Chacun a tenté de convaincre la cour de l’absence de preuves matérielles suffisantes à son encontre, insistant sur les nombreuses contradictions relevées au cours des audiences et sur les incohérences qu’ils estiment avoir mises en évidence durant le procès.
Les avocats de la défense ont, une nouvelle fois, concentré leurs arguments sur la solidité des éléments à charge. Selon eux, une grande partie de l’accusation repose essentiellement sur les déclarations du trafiquant malien El Hadj Benbrahim, surnommé « Escobar du Sahara », alors que plusieurs témoignages auraient évolué au fil des audiences et que des documents produits par la défense viendraient, selon eux, contredire certains griefs retenus contre leurs clients.
À l’inverse, le ministère public est resté fidèle à sa position depuis le début de cette procédure. Il considère que le dossier est étayé par un ensemble cohérent de preuves techniques, juridiques et factuelles qui justifient les poursuites engagées. Le parquet a ainsi maintenu l’intégralité de ses réquisitions, laissant désormais à la Cour le soin de trancher.
Au-delà du sort individuel des prévenus, ce procès est devenu un véritable test pour la justice marocaine. Par son ampleur, le profil des personnes poursuivies et les accusations portées, il est considéré comme l’une des plus importantes affaires de criminalité organisée jamais examinées par les juridictions du Royaume. Son issue est observée de près aussi bien par les juristes que par les responsables politiques et l’opinion publique.
À l’extérieur du tribunal, les spéculations se multiplient à mesure que l’annonce du verdict approche. Entre ceux qui s’attendent à de lourdes condamnations et ceux qui espèrent un acquittement de certains accusés, les attentes sont considérables. Les magistrats auront désormais la lourde responsabilité de rendre une décision exclusivement fondée sur les éléments du dossier et les débats contradictoires qui ont rythmé plus de vingt-cinq mois de procédure.
Quelle que soit son issue, cette affaire restera comme un moment majeur de la justice marocaine. Elle constitue un révélateur de la détermination des institutions à instruire des dossiers sensibles impliquant des personnalités influentes, tout en rappelant un principe fondamental de l’État de droit : seule la décision définitive de la justice permet d’établir la culpabilité ou l’innocence des personnes poursuivies.












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