Le marché pétrolier international est revenu à des niveaux qui semblaient encore inespérés il y a quelques semaines. Après l’accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran et la réouverture progressive du détroit d’Ormuz, le prix du Brent est redescendu sous la barre des 75 dollars, évoluant même autour de 72 à 73 dollars le baril, son niveau d’avant les tensions géopolitiques du Moyen-Orient. Partout, cette baisse nourrit l’espoir d’un allègement de la facture énergétique. Au Maroc, en revanche, les automobilistes attendent toujours une véritable traduction de cette détente mondiale à la pompe.
Aujourd’hui, le litre de gazole continue de s’afficher autour de 13,50 dirhams, alors qu’il y a seulement trois mois, avec un baril évoluant pratiquement au même niveau, les stations-service vendaient ce même carburant aux alentours de 10 dirhams le litre. Comment expliquer qu’un marché soumis aux mêmes cours internationaux puisse afficher un tel écart de plus de trois dirhams par litre ? La question mérite d’être posée.
Les professionnels du secteur rappellent que les prix tiennent compte de plusieurs paramètres : coût d’achat, transport, stockage, fiscalité, couverture contre les risques ou encore délais d’approvisionnement. Ces facteurs peuvent créer un décalage temporaire entre les variations internationales et les prix à la pompe. Mais lorsque le différentiel persiste alors que les cours mondiaux retrouvent leurs anciens niveaux, les explications deviennent de plus en plus difficiles à comprendre pour les consommateurs.
L’expert en énergie Abdessamad Mlaoui estime que les dernières baisses du Brent devraient normalement se refléter lors des prochains ajustements tarifaires du début et de la mi-juillet. De son côté, Hussein El Yamani, président du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole, considère qu’un retour du gazole autour de 11 dirhams, voire en dessous si la tendance mondiale se confirme, serait cohérent avec les fondamentaux actuels du marché.
Mais les Marocains, eux, n’en peuvent plus d’attendre. À chaque flambée internationale, les prix augmentent presque instantanément. À chaque baisse, les explications deviennent complexes, les délais s’allongent et les réductions arrivent au compte-gouttes. Cette asymétrie nourrit un profond sentiment d’injustice. Beaucoup ont le sentiment que les hausses sont répercutées avec une rapidité exemplaire, tandis que les baisses semblent suivre un calendrier beaucoup plus lent.
Depuis la libéralisation du secteur des hydrocarbures en 2015, l’État n’intervient plus directement dans la fixation des prix. Chaque distributeur applique sa propre politique commerciale en fonction de ses coûts et de sa stratégie. Cette liberté économique, censée favoriser la concurrence, continue pourtant d’alimenter les interrogations sur le niveau des marges réalisées lorsque les cours internationaux reculent fortement.
Cette situation relance également le débat sur le rôle des autorités de régulation. Beaucoup plaident pour un renforcement des mécanismes de transparence afin que les consommateurs puissent comprendre précisément comment se forme le prix final du litre de carburant. Une publication régulière des principaux éléments composant le prix – coût d’importation, fiscalité, frais logistiques et marges – contribuerait sans doute à restaurer la confiance.
Le pouvoir d’achat des ménages est directement concerné. Chaque dirham supplémentaire sur le litre de gazole renchérit les coûts du transport, de la distribution des marchandises et, par ricochet, les prix de nombreux produits de consommation. Dans un contexte où l’inflation continue de peser sur les budgets des familles, une baisse durable du pétrole devrait logiquement offrir un répit aux consommateurs.
Si les prochaines révisions tarifaires ne reflètent pas rapidement la détente observée sur les marchés internationaux, les interrogations risquent de se transformer en véritable débat national. Car lorsque le baril revient sous les 75 dollars mais que les prix restent proches des sommets atteints durant la crise, une question s’impose : où est passée la logique économique que l’on invoquait systématiquement pour justifier les précédentes hausses ?












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