Réductions sur le train, accès facilité aux infrastructures sportives, consultations médicales, cinéma, musées, formations numériques, services bancaires ou apprentissage du tifinagh : à première vue, Pass Jeunes pourrait ressembler à une application réunissant une série de bons plans. La dernière rencontre de ses partenaires montre pourtant que son ambition est désormais beaucoup plus large.
Portée par le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication et destinée aux jeunes de 16 à 30 ans résidant au Maroc, l’application veut devenir une plateforme nationale de convergence entre les politiques publiques consacrées à la jeunesse et les engagements des entreprises privées. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de proposer des réductions, mais d’organiser autour d’un même outil un accès simplifié à la mobilité, à la santé, à la culture, au sport, à la formation, au logement, aux services financiers et à la participation citoyenne.
Selon le bilan présenté lors de cette rencontre, Pass Jeunes a dépassé les deux millions de téléchargements, dont plus de 500 000 utilisateurs considérés comme actifs, c’est-à-dire ayant effectivement bénéficié d’au moins une offre. Le programme vise à terme une population potentielle de huit millions de jeunes, soit l’ensemble de la tranche 16-30 ans. Ces trois grandeurs se lisent séparément : huit millions est un horizon démographique, deux millions mesurent l’intérêt, et cinq cent mille l’usage réel.
Les usages observés montrent que l’application répond déjà à des besoins très concrets. Plus d’un million de voyages auraient été effectués grâce aux offres de transport proposées par les partenaires, notamment ferroviaires et urbains. Le secteur de la culture et des loisirs totaliserait plus de 100 000 entrées dans les cinémas, musées, monuments et autres équipements partenaires. Les terrains de sport auraient enregistré plus de 20 000 réservations.
Dans le domaine de la santé, le programme réunit notamment les Espaces Santé Jeunes, des solutions de téléconsultation, des consultations à domicile, des services infirmiers et des prestations d’assistance médicale. Les consultations psychologiques et l’accompagnement sanitaire figureraient parmi les services les plus demandés. Ce constat rappelle que les besoins de santé des jeunes ne se limitent pas aux urgences ou aux soins physiques : l’écoute, la prévention et la santé mentale occupent également une place centrale.
Parmi les projets partenaires figure Tifinagh Express, application d’apprentissage de l’alphabet tifinagh et du tamazight, intégrée au programme depuis la fin de l’année 2024. Le tamazight est une langue officielle du Royaume ; mettre son apprentissage à la portée des jeunes, sur leurs téléphones et selon des formats proches de leurs usages quotidiens, participe à sa transmission et à sa présence dans l’espace numérique. C’est aussi un cas d’usage utile pour évaluer ce que Pass Jeunes apporte réellement à ses partenaires : l’application comptait environ 10 000 téléchargements avant son intégration et en compte aujourd’hui plus de 20 000 — une progression réelle sur dix-huit mois, mais qu’il serait imprudent d’attribuer au seul effet du programme, faute de mesure isolant sa contribution.
Écouter davantage les jeunes et territorialiser les offres
La rencontre a également fait apparaître les limites actuelles du dispositif. Les offres restent inégalement réparties sur le territoire. Certaines sont concentrées dans les grandes villes, tandis que les réductions ou les horaires proposés ne correspondent pas toujours aux besoins réels des utilisateurs.
Les jeunes demandent notamment des réductions plus importantes sur certains transports, des billets individuels en complément des abonnements, des horaires sportifs étendus au-delà de 16 heures et une meilleure actualisation des disponibilités dans les Espaces Santé Jeunes.
Pour y répondre, l’équipe prépare une fonctionnalité permettant aux utilisateurs de proposer eux-mêmes les services et établissements qu’ils souhaiteraient voir rejoindre Pass Jeunes dans leur ville. Le programme pourrait alors contacter les acteurs locaux et négocier leur intégration. Cette démarche est importante : la pertinence d’une politique nationale se mesure aussi à sa capacité à répondre aux réalités locales.
Un système de parrainage et de fidélité doit également être lancé. Les jeunes pourront inviter leurs proches, cumuler des points et recevoir des récompenses offertes par les partenaires. Cette mécanique peut accélérer les inscriptions, mais elle ne devra pas devenir une fin en soi : la véritable réussite du programme restera l’utilisation régulière d’offres utiles, et non le seul nombre de téléchargements.
Pass Jeunes entre ainsi dans une nouvelle phase. Son potentiel tient moins à l’accumulation de promotions qu’à sa capacité à simplifier des parcours aujourd’hui fragmentés et à rendre visibles des opportunités souvent dispersées entre plusieurs institutions.
Pour réussir, trois exigences devront guider son développement : proposer des avantages réellement attractifs, assurer une présence équilibrée dans toutes les régions et mesurer précisément l’impact obtenu sur l’autonomie, les compétences, la santé et la vie quotidienne des jeunes.
Une application peut attirer par une réduction. Une véritable politique de jeunesse doit, elle, ouvrir durablement des possibilités.
Par Dr Wadih Rhondali – Psychiatre
Déclaration d’intérêts : Tifinagh Express, mentionné dans cet article, est un projet que je coconstruis avec Meriem Smidi.
Note de fiabilité : les données relatives à Pass Jeunes (téléchargements, utilisateurs actifs, voyages, entrées culturelles, réservations sportives) proviennent du bilan oral présenté lors de la dernière réunion des partenaires. En l’absence de rapport public consolidé, je ne peux pas les confirmer indépendamment. Les chiffres relatifs à Tifinagh Express sont des données internes au projet.












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