Longtemps, la puissance d’un État s’est mesurée à la solidité de son économie, à son poids diplomatique ou à ses capacités militaires. Désormais, une autre bataille se joue parallèlement : celle de l’image, de l’influence et de l’attractivité. Dans ce domaine, le Maroc a progressivement avancé ses pions au point de faire du soft power un véritable prolongement de sa politique extérieure.
Cette « arme de séduction massive », qui consiste à convaincre et à attirer plutôt qu’à contraindre, ne se construit pas en quelques mois. Elle repose sur une image patiemment façonnée, sur des réussites capables de franchir les frontières et, surtout, sur la capacité d’un pays à transformer ses spécificités en instruments d’influence.
Le Royaume dispose, à cet égard, d’un éventail particulièrement large. Civilisation millénaire, patrimoine, culture, gastronomie, sport, diplomatie, investissements, infrastructures, énergies renouvelables, ouverture sur l’Afrique et modernisation économique constituent autant de cartes désormais utilisées pour mieux faire connaître le Maroc.
Le football, formidable accélérateur d’image
Impossible d’évoquer aujourd’hui le soft power marocain sans commencer par le football. L’épopée historique des Lions de l’Atlas lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar a offert au Royaume une exposition planétaire qu’aucune campagne de communication classique n’aurait pu acheter.
Au-delà du résultat sportif, les images des joueurs célébrant leurs victoires avec leurs familles, du public marocain et d’un pays tout entier derrière son équipe ont projeté une identité immédiatement reconnaissable. Le Maroc a alors dépassé sa seule dimension nationale pour devenir, pendant plusieurs semaines, un symbole sportif africain et arabe.
Depuis, cette dynamique s’est prolongée par les investissements considérables consacrés aux infrastructures sportives et par la perspective majeure de la Coupe du monde 2030, organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal. Cet événement constituera une vitrine exceptionnelle pour présenter le Royaume à des centaines de millions de personnes.
Mais le football n’est que la partie la plus visible de cette stratégie.
Une diplomatie qui accompagne l’influence
La diplomatie marocaine s’inscrit elle aussi dans cette logique. Sous l’impulsion du roi Mohammed VI, le Royaume a renforcé sa présence africaine, multiplié les partenariats économiques et développé une diplomatie reposant notamment sur l’investissement, la coopération Sud-Sud, la formation et le partage d’expertise.
La politique africaine du Maroc constitue ainsi l’un des piliers de son influence. Banques, télécommunications, assurances, engrais, immobilier, infrastructures ou encore formation : les entreprises marocaines ont accompagné cette présence diplomatique et économique dans de nombreux pays du continent.
À cela s’ajoute une diplomatie religieuse spécifique, notamment à travers la formation d’imams étrangers et la promotion d’un islam marocain fondé sur le juste milieu et la modération.
Culture, gastronomie et patrimoine : l’autre visage du Royaume
Le Maroc possède également un capital culturel considérable. Marrakech, Fès, Rabat, Essaouira, Chefchaouen ou encore Tanger sont devenues des vitrines internationales du pays. Festivals, cinéma, artisanat, architecture, caftan et gastronomie participent quotidiennement à cette diplomatie de l’image.
La cuisine marocaine constitue notamment un instrument d’influence souvent sous-estimé. Couscous, tajines, pastilla, pâtisserie et art de recevoir véhiculent une identité immédiatement identifiable. Un patrimoine qui voyage facilement et permet parfois de découvrir le Maroc avant même d’y avoir mis les pieds.
Le cinéma joue également son rôle. Le Royaume accueille depuis longtemps des productions internationales, tandis que Marrakech s’est imposée comme un rendez-vous reconnu du septième art. La musique, les arts contemporains et les manifestations culturelles complètent cette présence.
Le Maroc veut aussi séduire par ses réalisations
Le soft power ne peut cependant reposer uniquement sur l’héritage culturel. Il doit également raconter le Maroc contemporain.
Le développement du réseau autoroutier, le port Tanger Med, le train à grande vitesse Al Boraq, les grands projets énergétiques, la transformation urbaine des principales villes ou encore les investissements industriels dans l’automobile et l’aéronautique contribuent à construire l’image d’un pays qui ambitionne de devenir une plateforme entre l’Europe, l’Afrique et le monde arabe.
La transition énergétique représente une autre carte. Le développement du solaire et de l’éolien, auquel s’ajoutent les ambitions dans l’hydrogène vert, permet au Royaume de se positionner sur l’un des grands enjeux économiques et géopolitiques des prochaines décennies.
Une image devenue un enjeu stratégique
Le Maroc est connu, certes. Mais son ambition est désormais d’être mieux connu et surtout mieux compris. La nuance est essentielle.
Car un pays peut disposer de bonnes performances économiques ou d’infrastructures modernes sans parvenir à transformer ces réussites en capital d’influence. C’est précisément là qu’intervient le soft power : créer autour du pays une perception suffisamment forte pour favoriser le tourisme, les investissements, les partenariats, l’influence diplomatique et, plus largement, la confiance.
Cette stratégie prend une importance particulière dans un environnement international où les États se livrent également une bataille permanente de communication et de réputation, amplifiée par les réseaux sociaux.
Le défi marocain consiste donc désormais à coordonner davantage ces différentes forces. Sport, culture, tourisme, diplomatie, entreprises, universités, artistes, diaspora et grands événements internationaux racontent encore trop souvent le Maroc séparément. Leur mise en cohérence pourrait donner au Royaume une puissance d’influence bien supérieure.
Car le soft power marocain n’est plus seulement une ambition ou un concept destiné aux spécialistes des relations internationales. Il devient progressivement une politique à part entière.
Une place dans le concert des nations se mesure certes à l’aune des chiffres, de la richesse produite et du poids économique. Mais elle s’apprécie aussi à travers une donnée beaucoup plus difficile à quantifier : l’image qu’un pays inspire lorsqu’on prononce simplement son nom.
Et c’est précisément cette bataille-là que le Maroc semble désormais déterminé à gagner.
Par Salma Semmar












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