Sur le lieu d’un accident, un agent remplit un formulaire. Il coche une case : « circulait sans précaution». Le dossier est clos. Mais dans cette case tiennent mal la fatigue du chauffeur qui roulait depuis l’aube, la dispute qu’il venait d’avoir, le téléphone posé sur le siège, le virage jamais sécurisé. La « cause » officielle, souvent, ne dit pas la cause.
Les chiffres le montrent crûment. En 2022, sur 193 951 véhicules impliqués, 82,8 % sont rangés sous deux libellés seulement : « circulait sans précaution » et « autres ». Le non-respect de la priorité pèse 7,7 %, la vitesse excessive 3,9 %. Autrement dit, l’immense majorité des cas tombe dans des catégories fourre-tout, peu informatives.
En 2023, le cadre change : les facteurs ne concernent plus que les accidents mortels et peuvent se cumuler. Les additionner, ou les comparer à 2022, serait une faute de méthode. Ces libellés — imprudence, comportement des piétons, perte de contrôle — décrivent ce que constate un agent, pas une cause démontrée. Et ils rendent presque invisibles la somnolence, la distraction, l’état de la chaussée, l’interaction entre usagers.
À cela s’ajoutent les grands absents : les kilomètres parcourus, l’exposition réelle, les croisements âge-sexe-mode de déplacement. Ces lacunes n’effacent pas les tendances ; elles en fixent les limites — et disent où porter l’effort.
En 2022, plus de huit véhicules impliqués sur dix sont classés dans des cases fourre-tout. On ne prévient pas ce qu’on ne nomme pas.












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