Il vient du Moyen Atlas, loin des états-majors politiques de Rabat et des habituels salons où se préparent les carrières électorales. Oussama Barik, de son vrai nom Abdelaziz Barik, veut aujourd’hui franchir une nouvelle étape : passer des réseaux sociaux aux urnes et tenter de porter au Parlement la voix qu’il fait entendre depuis plusieurs années sur Internet.
À l’approche des élections législatives du 23 septembre, le jeune homme de Midelt fait partie de ces nouveaux visages qui pourraient venir perturber les habitudes d’un paysage politique marocain longtemps dominé par les appareils et les personnalités installées.
Son principal capital n’est pas celui d’une longue carrière politique. Il s’est construit ailleurs : sur Facebook, Instagram , tiktok et les réseaux sociaux, à travers des vidéos, des prises de position et des interventions dans lesquelles il aborde les difficultés quotidiennes des habitants du Moyen Atlas et du Sud-Est marocain.
Son style ? Direct, parfois rugueux, souvent critique. Et surtout très éloigné du langage politique traditionnel.
C’est d’ailleurs suffisamment inhabituel pour lui avoir ouvert les portes de l’émission « Sans langue de bois » de Ridouane Erramdani sur Med Radio, où il était invité le 10 juillet dernier en tant qu’« activiste Facebook ».
La voix d’un Maroc loin des grandes villes
Si Oussama Barik a réussi à se constituer une audience, c’est aussi parce qu’il parle d’un Maroc qui estime parfois ne pas être suffisamment entendu.
Celui des montagnes, des villages enclavés et des territoires éloignés des grands axes économiques.
Plusieurs de ses interventions ont porté sur les inégalités territoriales, le manque d’infrastructures et de services publics, l’enclavement ou encore les difficultés quotidiennes des populations du Sud-Est. Son discours trouve naturellement un écho particulier à Midelt et dans les zones montagneuses environnantes.
Il s’est notamment intéressé aux mouvements de protestation dans la région d’Imilchil, où des habitants de plusieurs communes ont réclamé une amélioration des infrastructures, le désenclavement de leurs territoires ainsi qu’un meilleur accès à des services aussi élémentaires aujourd’hui que l’électricité ou Internet.
Ce positionnement n’est pas totalement étranger à son parcours universitaire. Titulaire d’une licence en géographie, Barik s’intéresse particulièrement aux disparités territoriales et aux questions de développement local, deux thèmes devenus récurrents dans ses interventions publiques.
Parler sans le langage des politiciens
C’est probablement là que réside une partie du phénomène Oussama Barik.
Il ne possède pas encore l’expérience d’un parlementaire, ni celle d’un élu ayant eu à gérer une commune ou une administration. Mais il dispose d’une qualité devenue rare aux yeux d’une partie de la jeunesse : il donne l’impression de parler comme elle.
Pas de longues phrases soigneusement calibrées, peu de précautions oratoires et encore moins de ce vocabulaire institutionnel qui finit parfois par rendre les discours politiques interchangeables.
Ses interventions numériques lui ont ainsi permis de bâtir progressivement une communauté autour de questions sociales et territoriales. La presse qui s’est intéressée à son parcours souligne elle-même son style direct dans la transmission des préoccupations et revendications des citoyens.
Cette liberté de ton constitue aujourd’hui son principal atout.
Elle constitue également son premier risque.
Car dénoncer derrière une caméra et transformer cette indignation en propositions réalisables sont deux exercices très différents.
Des jeunes voient en lui une possibilité de changement
Son entrée dans la bataille électorale suscite justement beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux.
Certains de ceux qui le suivent depuis ses premières interventions voient dans cette candidature l’occasion de faire entrer au Parlement une génération qui ne vient pas nécessairement des circuits politiques traditionnels.
D’autres sont beaucoup plus sceptiques et lui reprochent déjà ses choix politiques ou s’interrogent sur sa capacité à conserver sa liberté de parole une fois entré dans le jeu institutionnel. Ces critiques existent et elles accompagnent désormais son parcours.
Une autre polémique est même apparue autour de son activité numérique précédant la période officielle de campagne : certains observateurs locaux ont considéré la promotion répétée de sa candidature comme une campagne électorale anticipée. À ce stade, il s’agit cependant d’une critique médiatique et non d’une infraction que nous pouvons présenter comme juridiquement établie.
Des « likes » aux bulletins de vote
C’est finalement le 23 septembre que commencera le véritable test.
Car Oussama Barik devra répondre à une question qui dépasse largement sa propre candidature : peut-on transformer une popularité numérique en force électorale ?
Un abonné Facebook n’est pas nécessairement un électeur. Un partage n’est pas un bulletin de vote. Et les milliers de réactions suscitées par une vidéo ne garantissent aucunement un siège au Parlement.
Mais l’expérience mérite d’être observée.
Parce qu’elle révèle quelque chose de plus profond : une partie de la jeunesse marocaine cherche de nouveaux visages et surtout une nouvelle manière de parler de politique. Elle veut entendre parler des routes, de l’emploi, des villages isolés, de l’école, de la santé et des inégalités territoriales avec des mots qu’elle comprend.
Oussama Barik a compris cette attente et en a fait son terrain.
Reste désormais à savoir si Oussama Barik saura transformer ses critiques en propositions, sa popularité sur les réseaux sociaux en confiance électorale et son franc-parler en véritable force politique. Un défi que de nombreux jeunes Marocains semblent prêts à relever avec lui, tant ils voient dans son parcours, ses prises de position et sa liberté de ton une possibilité de changement. Bousculer les habitudes de l’extérieur est une chose ; entrer dans les institutions sans perdre son indépendance ni ses convictions en est une autre. Pour le jeune homme de Midelt, le véritable défi commence donc maintenant : convaincre que le changement qu’il réclame peut aussi devenir réalité.
Par Abdelrhni Bensaid












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