Le pétrole retient son souffle. Entre une nouvelle escalade militaire opposant les États-Unis à l’Iran et les incertitudes persistantes autour du détroit d’Ormuz, les marchés ne savent plus véritablement dans quelle direction regarder.
Jeudi, les cours ont ainsi terminé la séance sans tendance franche. Le Brent de la mer du Nord, référence internationale, a légèrement cédé 0,12 %, à 95,52 dollars le baril, tandis que le WTI américain a progressé de 0,32 %, à 91,30 dollars. Une relative stabilité qui masque pourtant une nervosité grandissante des opérateurs.
Car sur le terrain, rien ne permet encore d’entrevoir une véritable désescalade.
Les échanges de frappes entre Washington et Téhéran ont repris cette semaine, faisant ressurgir le spectre d’un embrasement susceptible d’affecter directement l’approvisionnement énergétique mondial.
Jeudi, l’Iran a de nouveau pris pour cible des installations militaires américaines au Koweït et aux Émirats arabes unis, en représailles aux dernières opérations américaines menées sur son territoire.
Chaque nouvelle attaque ajoute ainsi une prime de risque au prix du baril.
Mais pour les marchés, le véritable thermomètre de la crise se trouve ailleurs : dans le détroit d’Ormuz.
ORMUZ, LE NERF DE LA GUERRE PÉTROLIÈRE
Cette étroite voie maritime constitue l’un des passages les plus stratégiques de la planète pour l’approvisionnement énergétique.
Avant le déclenchement du conflit, environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y transitaient quotidiennement, soit près d’un cinquième de la consommation mondiale.
Une perturbation durable du trafic représente donc un risque considérable pour les marchés internationaux.
C’est précisément sur ce front que Washington tente aujourd’hui de rassurer.
Le vice-président américain JD Vance a affirmé jeudi que les flux de pétrole et de gaz empruntant Ormuz avaient « presque » retrouvé leur niveau antérieur au conflit.
Quelques jours auparavant, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, avait avancé un chiffre spectaculaire : plus de 17 millions de barils auraient franchi le détroit au cours de la seule journée de lundi.
De quoi laisser penser que le verrou iranien est en train de céder et que Washington est parvenu à sécuriser largement la circulation des hydrocarbures.
Seulement, les chiffres américains sont loin de faire l’unanimité.
WASHINGTON RASSURE, LES ANALYSTES DOUTENT
Les données disponibles auprès des sociétés spécialisées dans le suivi maritime décrivent une réalité beaucoup plus contrastée.
Selon des chiffres de Lloyd’s List Intelligence, 102 passages de navires ont été comptabilisés sur une semaine récente, contre au moins 130… par jour avant le conflit. TankerTrackers.com estime pour sa part à environ 5 millions de barils quotidiens le volume moyen ayant quitté le détroit au cours des 28 derniers jours.
L’écart avec les chiffres avancés par l’administration américaine est donc considérable.
Une partie de cette différence pourrait néanmoins s’expliquer par les conditions très particulières dans lesquelles les navires traversent désormais cette zone dangereuse.
Certains pétroliers coupent leur système d’identification automatique afin de rendre leur position plus difficile à repérer. Les mouvements réels deviennent dès lors particulièrement complexes à comptabiliser.
Mais cela ne suffit pas à dissiper toutes les interrogations.
Des spécialistes du suivi des pétroliers ont même directement contesté les calculs présentés par le secrétaire américain à l’Énergie.
Derrière cette bataille de chiffres se joue en réalité une bataille beaucoup plus importante : celle de la confiance.
Washington veut convaincre les marchés que les exportations du Golfe peuvent continuer malgré la confrontation avec Téhéran. L’objectif est évident : éviter qu’une flambée incontrôlée du pétrole ne vienne ajouter une crise énergétique aux tensions militaires.
LE DANGER RESTE BIEN RÉEL
Pour les armateurs, toutefois, le risque ne se résume pas à quelques statistiques.
La navigation dans le détroit reste particulièrement dangereuse. Mines, projectiles, menaces contre les navires commerciaux et opérations militaires entretiennent un climat dans lequel chaque traversée devient une opération à haut risque.
C’est cette réalité que surveillent désormais les marchés bien davantage que les déclarations politiques.
Car le prix du pétrole pourrait changer brutalement de trajectoire au moindre incident majeur.
Tant que le détroit demeure praticable et qu’une quantité suffisante de brut continue de quitter le Golfe, les cours peuvent contenir leur envolée. Mais une perturbation sérieuse et prolongée de cette artère énergétique ferait immédiatement ressurgir le scénario redouté d’une nouvelle flambée des prix.
Le paradoxe est donc saisissant.
Sur les écrans des marchés, le pétrole paraît presque calme, avec un Brent évoluant autour de 95 dollars.
Dans les eaux d’Ormuz, en revanche, tout indique que cette tranquillité reste extrêmement fragile.
Et tant qu’aucune désescalade durable ne se dessinera entre Washington et Téhéran, quelques kilomètres de mer continueront de tenir en haleine l’ensemble du marché pétrolier mondial.












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