On pensait avoir tout vu lors des précédentes campagnes électorales marocaines. Pourtant, celle des législatives de 2026 réussit déjà, après seulement quelques jours, à réserver son lot de scènes insolites, de dérapages et de situations parfois tellement cocasses qu’elles feraient presque oublier que l’enjeu est de choisir ceux qui siègeront demain au Parlement.
Un candidat de l’Istiqlal à Assilah a ainsi trouvé une manière pour le moins originale de solliciter les suffrages : faire campagne depuis son lit. Allongé face à son téléphone, il présente son programme et appelle les électeurs à lui faire confiance. La séquence est évidemment devenue virale, avec son cortège de plaisanteries.
Ailleurs, c’est l’intelligence artificielle qui s’invite dans la bataille électorale, avec des visuels de campagne aux incohérences parfois tellement visibles qu’ils ont davantage fait parler de leurs erreurs que du candidat qu’ils étaient censés promouvoir.
Et puisque la politique doit désormais produire des images capables de circuler sur TikTok, Facebook et Instagram, on danse aussi. Des séquences de responsables politiques dans des ambiances particulièrement festives font le tour des réseaux sociaux.
Bienvenue dans la campagne électorale version 2026, où il devient parfois difficile de savoir si l’on cherche à convaincre l’électeur ou simplement à décrocher la vidéo qui fera le plus de vues.
IL FAUT SURTOUT QUE LA SALLE PARAISSE PLEINE
Il reste aussi l’un des grands classiques de la politique marocaine : le meeting avec le chef du parti et la salle pleine à craquer.
Lorsque les ténors se déplacent, les organisateurs doivent montrer du monde. Beaucoup de monde.
Des sympathisants et militants sont mobilisés depuis différents quartiers ou localités, des moyens de transport sont organisés et chacun doit contribuer à donner l’image d’une démonstration de force.
Dans ces rassemblements, l’image d’une salle comble devient presque un argument électoral en soi.
Mais derrière les drapeaux, les applaudissements et les slogans, combien de participants connaissent réellement le programme défendu à la tribune ? Combien pourraient expliquer les mesures économiques, fiscales, sociales ou éducatives proposées par le parti qu’ils sont venus acclamer ?
La question mérite d’être posée tant la bataille des images semble parfois avoir remplacé celle des idées.
Une salle pleine donne une belle photographie. Elle ne fait pas nécessairement un électeur convaincu.
DU FOLKLORE AU BEAUCOUP PLUS GRAVE
Seulement, cette campagne ne se limite pas à ces scènes pittoresques.
À Dakhla, des tensions entre camps rivaux ont dégénéré en jets de pierres et courses-poursuites, tandis que d’autres incidents ont été signalés ailleurs.
Et à Kénitra, on quitte définitivement le registre de l’anecdote : les accusations d’un candidat évoquant de l’argent provenant du trafic de stupéfiants qui aurait servi à influencer le scrutin ont conduit la justice à ouvrir une enquête. Les faits restent évidemment à établir.
En quelques jours, la campagne nous aura donc offert un candidat dans son lit, l’IA qui s’emmêle les pinceaux, des responsables qui dansent, des salles qu’il faut absolument remplir, des pierres qui volent et des soupçons d’argent sale.
Le plus inquiétant n’est pourtant peut-être pas là.
À force de chercher le buzz, la foule, l’image spectaculaire et la petite phrase qui fera le tour des réseaux sociaux, les programmes risquent de devenir les grands absents d’une campagne qui était précisément censée servir à les expliquer.
Et nous ne sommes encore qu’au début.
À ce rythme, le véritable fait insolite de cette campagne serait peut-être qu’on finisse enfin par parler sérieusement de politique. Car les programmes, eux, ne manquent pas. Ils débordent même de promesses : SMIG porté à 5.000 DH, million d’emplois par-ci, million d’emplois par-là, baisses d’impôts, aides aux familles, retraites revalorisées, logements, santé, éducation et pouvoir d’achat. Certains partis chiffrent leurs ambitions en centaines de milliards de dirhams, quand d’autres annoncent des mesures considérables sans encore en détailler complètement le financement.
Sur le papier, le Maroc de 2031 s’annonce presque idyllique.
Reste une question beaucoup moins électorale : combien de ces engagements survivront au soir du 23 septembre ?
Car une promesse n’est pas une réforme, un chiffre lancé depuis une tribune n’est pas un financement et un programme électoral n’engage véritablement que ceux qui auront encore envie de s’en souvenir une fois les urnes rangées.
À écouter certains discours, on finirait presque par croire que l’essentiel n’est plus de démontrer comment toutes ces promesses seront réalisées, mais simplement d’obtenir suffisamment de voix pour décrocher le précieux siège au Parlement.
Après, il sera toujours temps d’expliquer pourquoi tout n’était finalement pas possible.
Dans cette campagne où chacun promet le Maroc de demain, le plus important pour certains semble surtout de s’assurer une place dans le Parlement d’après-demain.
Et c’est peut-être là, finalement, le moins insolite de toutes nos campagnes électorales.












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Le Maroc mérite mieux que ce manège d’acteurs du show politique. Vive la démons-cratie.