Le futur gouvernement marocain n’est pas encore formé que Madrid regarde déjà au-delà des résultats électoraux. Interrogé jeudi 24 septembre, au lendemain des législatives, le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, a souhaité poursuivre avec le prochain exécutif une relation « positive et constructive ». Il a toutefois ajouté une formule moins anodine qu’elle n’y paraît : pour que cette relation avance, chacun devra « apporter ce qu’il faut ».
Officiellement, le message est celui de la continuité. L’Espagne respecte le vote des Marocains et attend de connaître la composition du gouvernement. Mais entre les lignes se lit aussi une préoccupation : Madrid veut s’assurer que le changement d’équipe à Rabat ne ralentira pas une coopération devenue essentielle à ses yeux. Luis Planas a cité trois domaines précis, l’économie, la sécurité et la migration, avant de rappeler que la relation entre les deux voisins compte également pour l’Europe et l’Afrique.
Le moment choisi donne à ces propos une portée particulière. La crise migratoire à Sebta pèse encore sur les échanges. Sur ce dossier, le ministre espagnol a appelé au retour à un fonctionnement normal de la ville et à la protection de sa frontière comme de ses habitants. Sa déclaration ne comporte aucune accusation directe contre le Maroc. Elle révèle néanmoins la priorité de Madrid : préserver une coopération migratoire étroite, quel que soit le visage du prochain gouvernement marocain.
Planas a aussi rappelé que la bonne entente se mesure à des intérêts très concrets. Des restrictions liées à la santé animale ont temporairement interrompu certaines ventes espagnoles d’animaux vivants, notamment d’ovins, ainsi que de viande congelée vers le Maroc. Les professionnels espagnols demandent une intensification des contacts avec les autorités marocaines pour reprendre ces exportations. Derrière le discours diplomatique, il y a donc des marchés à rouvrir et des acteurs économiques qui attendent des résultats.
La lecture marocaine doit toutefois être celle d’un partenariat à deux voix. Si Madrid attend de Rabat une coopération sur les frontières et le commerce, le prochain gouvernement marocain aura, lui aussi, ses priorités à défendre. La relation a assez de poids pour survivre à une alternance politique ; sa qualité dépendra de la façon dont les deux capitales traiteront leurs désaccords sans perdre de vue leurs intérêts communs. C’est peut-être le véritable sens de l’appel de Planas à ce que chacun « apporte ce qu’il faut ».












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