Plus que par le passé, l’opposition au Parlement se fait entendre, avec une voix du PJD qui résonne particulièrement dans l’hémicycle. Ses élus figurent également parmi ceux que les présidences de séance rappellent à l’ordre pour leurs interruptions, leur chahut et leurs manquements au règlement.
Cette attitude peut s’expliquer par la frustration d’une formation islamiste qui n’a pas remporté les élections, malgré des résultats ayant dépassé ses attentes. S’y ajoute la victoire de son adversaire historique, le PAM, qui a porté une femme à la tête de l’Exécutif pour la première fois dans l’histoire du Maroc. Autant d’éléments qui laissent présager un mandat marqué par une confrontation particulièrement vive entre les deux formations. La compétition sur le terrain législatif semble, elle aussi, engagée.
Ainsi, alors que le PAM affiche sa volonté de faire de la lutte contre l’enrichissement illicite et la corruption une priorité, le PJD a cherché à lui couper l’herbe sous le pied en déposant au Parlement ses propres propositions de loi. Une manière de revendiquer l’initiative sur un sujet sensible et d’empêcher la majorité de s’en attribuer seule le mérite politique.
Plus généralement, le parti islamiste entend s’imposer comme le principal pôle de l’opposition parlementaire. Mais sa stratégie soulève une question : jusqu’où ira la contestation du gouvernement, et à partir de quand risque-t-elle de se transformer en obstruction systématique ? À l’horizon des législatives de 2031, la tentation pourrait être grande de miser davantage sur les difficultés de l’Exécutif que sur la construction d’une alternative crédible. Présenter cette échéance comme celle d’un échec déjà annoncé reviendrait pourtant à préjuger d’un bilan qui reste à établir.
Pour autant, la vigueur de l’affrontement politique ne saurait justifier tous les comportements. Se comporter dans l’hémicycle en mauvais perdants, multiplier les interruptions ou employer un langage frôlant celui de la rue n’élève pas le débat. Les allusions à la vie privée sont encore moins acceptables lorsqu’elles prennent le pas sur la discussion des politiques publiques.
Les retransmissions télévisées, qui semblent susciter un regain d’intérêt du public, imposent au contraire une responsabilité supplémentaire aux représentants de la nation. Le Parlement doit offrir le spectacle d’une confrontation d’idées exigeante, dans laquelle les critiques s’appuient sur des arguments et les réponses sur des engagements.
Il appartient donc aux présidences de séance de faire respecter le règlement avec fermeté et impartialité. Le droit de s’opposer est essentiel ; il ne dispense personne du devoir de respecter l’institution et ceux qui y siègent.












Contactez Nous