Bien qu’ils aient travaillé ensemble au sein du gouvernement dirigé par le milliardaire marocain Aziz Akhannouch, l’ancienne ministre de l’Habitat n’a pas toujours été d’accord avec lui. Leurs divergences politiques et leurs parcours respectifs — les affaires pour lui, le droit pour elle — ont nourri des approches différentes de l’action publique, sur fond d’ambitions affirmées chez une femme politique aspirant aux plus hautes fonctions.
Une première différence semble les opposer : la place accordée aux droits des femmes. Là où son prédécesseur n’en faisait pas un axe majeur de son discours, Fatima Ezzahra El Mansouri entend en faire une question de principe universel. Son parcours peut évoquer celui de femmes ayant marqué la vie politique de leur pays, comme Indira Gandhi, Margaret Thatcher ou, aujourd’hui, Giorgia Meloni en Italie. Chacune, dans un contexte et avec des orientations bien distincts, a imposé sa manière d’exercer le pouvoir.
L’énergie de Fatima Ezzahra El Mansouri puise certainement dans la confiance placée en elle par le Roi et dans ses encouragements. Sa motivation semble également tenir à une ferme volonté de faire évoluer les perceptions et les comportements envers les femmes en politique et, avant toute chose, de garantir aux Marocains la vie meilleure qu’ils ont toujours méritée.
Sur ce dernier défi, celui du progrès social, elle entend se distinguer d’Akhannouch, dont l’approche privilégiait le rôle de l’entreprise et de l’investissement dans la dynamisation de l’économie. Celle qui lui a succédé met davantage en avant une ambition sociale et civique, en s’appuyant notamment sur son expérience à la tête de Marrakech, l’une des villes les plus emblématiques du Royaume.
Sur le terrain politique, El Mansouri semble aussi vouloir faire bouger les lignes en matière de parité entre les femmes et les hommes. La révision du Code de la famille constituera, à cet égard, une épreuve majeure. Les avancées proposées pourraient susciter de fortes résistances et donner lieu à des interprétations trompeuses dans les rangs de l’opposition conservatrice.
La bataille s’annonce rude. El Mansouri sera attendue sur sa capacité à défendre ses convictions, à expliquer les changements envisagés et à construire les compromis nécessaires. Elle pourrait ainsi investir un terrain sociétal sur lequel Akhannouch s’était montré moins offensif, sans que cette différence dispense d’examiner les actes et les résultats de chacun.
Les deux responsables incarnent donc des sensibilités et des méthodes différentes. Leur collaboration au cours du précédent mandat n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, laissant parfois apparaître une forme de mésentente cordiale. L’absence de toute mention du nom d’Akhannouch dans le discours d’investiture de sa successeure peut être lue comme un signe de distance politique, même si elle ne suffit pas, à elle seule, à établir une rupture personnelle.












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