Trouver un professionnel, obtenir un rendez-vous, financer les consultations et poursuivre le suivi : pour de nombreuses familles marocaines, l’accès aux soins psychiques reste un parcours difficile. Derrière les budgets annoncés, une question demeure : comment permettre à chacun d’être accompagné avant que sa situation ne se dégrade ?
Près de 6,5 millions de Marocains vivraient avec des troubles de santé mentale, dont environ deux millions d’enfants et de jeunes. Selon les estimations relayées par l’Alliance professionnelle des psychologues cliniciens en exercice libéral au Maroc, 85 % des personnes concernées ne bénéficieraient pas des soins nécessaires. Ces chiffres soulignent l’ampleur des besoins, sans constituer un décompte individuel des patients diagnostiqués.
Le manque de spécialistes, les disparités territoriales, les coûts et la stigmatisation constituent autant de barrières. Pour les ménages éloignés des structures adaptées, les déplacements viennent encore alourdir la facture et compliquer la régularité du suivi.
Lancé le 3 septembre à Rabat, le Plan Santé mentale 2030, doté d’une enveloppe annoncée de près de quatre milliards de dirhams, entend renforcer la prévention, les soins de proximité et la réhabilitation. Il prévoit notamment de donner davantage de place aux centres de santé et aux professionnels du premier recours dans le repérage et l’orientation des patients.
Mais l’accessibilité financière reste un chantier central. Il faut distinguer la consultation d’un psychiatre, médecin spécialiste, de celle d’un psychologue. La CNOPS indique sur sa page d’information que les visites chez les psychologues ne sont pas remboursables au titre de l’AMO. Plus généralement, les remboursements des prestations médicales couvertes reposent sur une tarification de référence, qui peut laisser une dépense importante au patient lorsque les honoraires pratiqués sont supérieurs.
L’appel des psychologues à élargir la couverture prend ici tout son sens. Leur organisation demande également un cadre professionnel plus clair, une formation continue renforcée et une participation effective aux politiques publiques. L’objectif est de garantir des prestations de qualité tout en facilitant leur accès.
La prévention doit aussi trouver sa place à l’école, à l’université et au travail. Développer une écoute confidentielle, former les intervenants à repérer les difficultés et organiser une orientation vers des professionnels constituent des pistes concrètes. Cette démarche doit éviter les diagnostics improvisés et protéger la confidentialité des personnes.
Autre enjeu essentiel : la continuité des soins. Une première consultation ne suffit pas si le patient doit ensuite renoncer au suivi faute de moyens ou de disponibilité. L’accompagnement doit pouvoir associer, selon les besoins, soins médicaux, soutien psychologique et aide à la réinsertion scolaire, sociale ou professionnelle.
Les familles ont également besoin d’information et de soutien, sans se substituer aux professionnels ni aux décisions du patient. Leur participation doit respecter son consentement, ses droits et sa vie privée, conformément à l’approche centrée sur la personne défendue par l’OMS.
La réussite du plan se mesurera donc aux délais de consultation, à la disponibilité des équipes et au coût réellement supporté par les ménages. Le véritable progrès sera de pouvoir consulter à temps, près de chez soi, sans que la facture oblige à renoncer aux soins.












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