Le message de Nasser Bourita est clair : Rabat refuse de lire le blocage du Conseil de sécurité comme un retour à la case départ. Invité de 2M samedi 31 octobre, le ministre des Affaires étrangères a présenté les derniers développements comme l’occasion de modifier les mécanismes qui encadrent le dossier du Sahara depuis des décennies. Une intervention destinée à expliquer une stratégie, mais aussi à fixer les exigences marocaines pour la suite.
Sa principale révélation concerne Moscou. Selon Bourita, le Maroc connaissait, plusieurs jours avant le vote, l’intention russe de s’opposer au projet américain. Rabat aurait choisi de ne pas chercher à infléchir cette position au prix d’un affaiblissement du texte. Le ministre revendique ainsi une décision anticipée : préserver la substance politique du projet plutôt que rechercher une reconduction négociée du dispositif existant.
Cette précision corrige la lecture d’un Maroc surpris par un revirement russe. Elle ne supprime pas le désaccord avec Moscou, mais déplace l’enjeu : Bourita privilégie les conséquences que Rabat entend tirer du veto, plutôt qu’une dénonciation publique de la Russie. Son intervention n’annonce pas de représailles économiques ou de rupture du partenariat bilatéral.
Le raisonnement marocain repose sur une distinction essentielle : un texte peut échouer institutionnellement tout en révélant un rapport de force politique favorable. Bourita invoque les onze voix obtenues par le projet américain, dont celles de trois membres permanents, pour défendre l’idée que les soutiens accumulés ne disparaissent pas avec le veto. Ces votes constituent un indicateur diplomatique ; ils ne donnent toutefois pas à un projet rejeté la portée d’une résolution adoptée.
Au centre de cette stratégie demeure l’autonomie sous souveraineté marocaine. Le ministre la présente comme la référence du règlement et la proposition maintenue sur la table. Le message aux partenaires comme aux adversaires est celui de la continuité : Rabat entend changer le cadre du processus sans remettre en discussion son offre politique fondamentale.
La MINURSO constitue le volet le plus concret et le plus sensible de cette nouvelle phase. Bourita tire du non-renouvellement de son mandat la conclusion que sa mission arrive à son terme. Il insiste néanmoins sur un départ organisé, avec du temps, des moyens et des facilités logistiques. Il présente cette transition comme une démarche responsable, et non comme une expulsion.
L’enjeu dépasse les bâtiments, les véhicules ou les symboles onusiens. Une transition de cette nature soulève nécessairement des questions de coordination, de sécurité et de prévention des incidents. Pour Rabat, sa maîtrise sera un test de crédibilité : démontrer qu’une rupture avec un mécanisme jugé dépassé peut s’accompagner de stabilité. La fin d’une mission, à elle seule, ne vaut cependant ni règlement définitif du différend ni clôture automatique de son examen international.
Bourita désigne également un prochain terrain d’action : la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies. Il affirme que le Maroc travaillera à en faire sortir le dossier, en s’appuyant notamment sur l’absence de droit de veto dans cette enceinte. L’objectif est annoncé ; sa réalisation exigera une mobilisation diplomatique et le respect des procédures onusiennes.
C’est là que se situe le véritable défi. Les reconnaissances bilatérales et les déclarations favorables doivent devenir des soutiens opérants dans les institutions. Leur traduction en décisions ne peut être tenue pour acquise.
À l’Algérie et au Polisario, l’intervention adresse parallèlement un avertissement politique : le refus de l’autonomie ne conduira pas, dans l’approche marocaine, à un recommencement indéfini du processus. Mais la fermeté affichée laisse entière la question des modalités permettant de traiter les désaccords et d’aboutir à une solution applicable.
Sur 2M, Bourita a donc exposé une stratégie de transformation du cadre diplomatique. Son succès se mesurera à sa capacité à convertir les soutiens du Maroc en décisions durables, tout en sécurisant la transition annoncée. Sortir du statu quo est une ambition ; construire l’étape suivante sera l’épreuve décisive.












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