Le professeur Rachid Charkab restera en prison. La cour d’appel de Casablanca a rejeté, ce lundi 2 novembre, la demande de mise en liberté provisoire présentée par sa défense lors de la première audience de son procès en appel. L’examen du dossier a été reporté au 16 novembre, afin de permettre aux avocats de consulter les pièces et de préparer leurs arguments.
Plus de 35 avocats se sont mobilisés pour assister cet enseignant universitaire, spécialiste en anesthésie-réanimation au CHU Ibn Rochd. La défense avait également sollicité la liberté provisoire d’Abdellatif Seddar, poursuivi dans la même affaire.
Quelles accusations ont conduit à son incarcération ? Le dossier trouve son origine dans deux plaintes déposées par trois médecins de l’établissement. Selon les éléments attribués à une source judiciaire, les plaignants reprochent aux prévenus la diffusion, sur les réseaux sociaux, de deux communiqués contenant des allégations qu’ils considèrent comme fausses et attentatoires à leur réputation professionnelle ainsi qu’à leur vie privée. Les poursuites portent notamment sur la diffusion d’allégations et de faits mensongers à des fins de diffamation, avec une circonstance aggravante concernant des faits commis contre une femme en raison de son sexe. S’y ajoute l’accusation d’usurpation d’une qualité réglementée : celle de coordinateur syndical, dont les conditions légales d’exercice auraient été contestées. Cette accusation ne concerne donc pas sa qualification de médecin.
Le 21 octobre, le tribunal correctionnel de Casablanca avait condamné Rachid Charkab à un an de prison ferme et à 5 000 dirhams d’amende. Abdellatif Seddar avait écopé de deux ans ferme et d’une amende identique, tandis qu’un troisième prévenu avait été condamné à six mois ferme, tout en demeurant en liberté. Des indemnités civiles totalisant 1,45 million de dirhams avaient également été prononcées solidairement. Ces décisions sont contestées en appel.
Jusqu’au jugement, le professeur comparaissait libre. Son incarcération à l’audience a été expliquée, du côté judiciaire, par l’application de l’article 392 du Code de procédure pénale. Les explications rapportées dans la presse indiquent que ce dispositif permet, sous certaines conditions, un ordre d’incarcération lorsque la peine prononcée atteint au moins un an d’emprisonnement. Il s’agit d’une possibilité encadrée, dont l’utilisation dans ce dossier est contestée par ses soutiens.
L’affaire dépasse désormais les murs du tribunal. Des organisations syndicales et de défense des droits humains rappellent que Charkab avait auparavant signalé des soupçons de dysfonctionnements au sein du CHU, au sujet desquels il avait été entendu en 2024. Elles demandent que ces signalements soient examinés et dénoncent son placement en détention. Ces positions ne préjugent toutefois ni de la véracité des accusations visant les prévenus ni de celle des irrégularités dénoncées à l’hôpital.
Le 16 novembre, la cour devra poursuivre l’examen d’un dossier où se croisent protection de la réputation, expression syndicale et signalement d’irrégularités présumées. Le refus de liberté provisoire ne constitue pas une confirmation des condamnations : le fond de l’affaire reste à trancher en appel.












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