Le temps de la victoire électorale laisse place à celui des choix difficiles. Réuni ce samedi 3 octobre au Palais des congrès de Skhirat, le Conseil national du Parti authenticité et modernité a confié à la commission composée de Fatima Ezzahra El Mansouri, Fouzi Lekjaa, Ahmed Akhchichine et Abdellatif Ouahbi la poursuite des consultations pour constituer la prochaine majorité gouvernementale. Une étape qui organise les négociations, sans encore arrêter les contours du futur Exécutif.
Arrivé en tête des législatives avec 97 sièges, le PAM aborde désormais une responsabilité nouvelle : transformer son avance électorale en capacité de gouvernement. À l’ouverture des travaux, Najwa Koukous, présidente du Conseil national, a salué la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri, tandis que la présentation du bilan électoral a souligné l’implantation du parti, arrivé premier dans sept des douze régions du Royaume.
Mais derrière les applaudissements, la question des alliances a suscité des échanges nourris. Plusieurs membres ont exprimé leur opposition à une nouvelle coalition avec le Rassemblement national des indépendants. Hicham El Mhajri a notamment défendu cette position, estimant que les messages des urnes devaient peser sur la configuration du prochain gouvernement. D’autres interventions ont plaidé pour préserver la liberté de négociation de la cheffe du gouvernement désignée.
À l’issue des travaux, El Mansouri a annoncé le passage des consultations préliminaires aux négociations formelles. Le mandat obtenu lui permet de conduire cette nouvelle phase avec la commission désignée. Toutefois, les réticences exprimées contre le RNI et le mandat d’ouverture accordé à la négociatrice ne se confondent pas : le compte rendu officiel du PAM maintient une démarche de dialogue avec les différentes formations, sans exception.
Politiquement, la rencontre de Skhirat révèle un premier dilemme : comment afficher le changement tout en construisant une majorité solide ? Reconduire les anciens partenaires pourrait faciliter les compromis, mais exposerait le PAM à une interrogation embarrassante : que signifie l’alternance si elle débouche sur une équipe presque identique, avec une simple redistribution des responsabilités ? À l’inverse, modifier profondément les alliances suppose de rapprocher des programmes, des ambitions et des cultures politiques qui ne s’accordent pas spontanément.
La composition de la commission peut se lire comme une recherche d’équilibre entre plusieurs ressources du parti. Autour d’El Mansouri, Lekjaa, Akhchichine et Ouahbi apportent des expériences différentes de la gestion publique et de la négociation politique. Cette diversité peut renforcer les discussions, à condition qu’elle serve une ligne commune. Une commission nombreuse ne garantit pas, à elle seule, une décision cohérente ; elle exige une autorité clairement assumée et des engagements partagés.
Le deuxième enjeu concerne le contenu même du compromis gouvernemental. El Mansouri a insisté sur la compétence des futurs ministres et sur la nécessité de répondre concrètement aux attentes des Marocains. Elle a également reconnu que la participation électorale, autour de 38 %, imposait un effort accru pour restaurer la confiance.
Cette reconnaissance devra trouver une traduction dans les négociations. Un accord limité au partage des portefeuilles laisserait entière la distance entre les institutions et une partie de la société. Le prochain pacte de majorité gagnerait donc à fixer des objectifs vérifiables sur l’emploi, le pouvoir d’achat, l’école et la santé, ainsi que des règles d’arbitrage pour éviter que chaque désaccord ne devienne une crise publique.
Enfin, le PAM devra expliquer sa propre évolution. Ayant participé au précédent gouvernement, il ne pourra crédiblement présenter toutes les difficultés héritées comme la responsabilité exclusive de ses anciens partenaires. Sa capacité à reconnaître les insuffisances collectives, puis à proposer des corrections précises, pèsera davantage que les proclamations de rupture.
À Skhirat, El Mansouri a obtenu les moyens politiques de poursuivre les négociations. L’épreuve suivante sera plus exigeante : réunir des partenaires capables de gouverner ensemble et convaincre les citoyens que cette alliance répond à leurs besoins. La victoire donne au PAM l’initiative ; seuls les choix et les résultats lui donneront durablement l’autorité.












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