À la tribune du Parlement, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch a déroulé un bilan chiffré ambitieux, presque offensif, de l’action de son exécutif. Entre création d’emplois, redistribution sociale et réformes territoriales, l’exercice, imposé par la Constitution, s’est transformé en véritable plaidoyer politique à l’approche des échéances électorales.
Sur le papier, les indicateurs avancés impressionnent. Le gouvernement revendique la création de 850.000 emplois nets en cinq ans, soit une cadence largement supérieure aux périodes précédentes. À cela s’ajoute un déploiement massif de l’aide sociale directe, atteignant 52 milliards de dirhams au profit de près de 4 millions de familles. Une architecture qui se veut cohérente : la croissance économique financerait la solidarité, tandis que la redistribution soutiendrait la stabilité sociale.
Mais derrière cette démonstration comptable bien huilée, plusieurs interrogations subsistent. La première concerne la nature réelle des emplois créés. Si le volume est mis en avant, leur qualité, leur durabilité et leur répartition sectorielle restent peu détaillées. Dans un contexte marqué par un chômage persistant chez les jeunes diplômés, la simple accumulation de chiffres ne suffit pas à dissiper les doutes.
Deuxième point de friction : l’efficacité du ciblage social. Le gouvernement met en avant une meilleure gouvernance et une précision accrue dans l’identification des bénéficiaires. Pourtant, sur le terrain, les critiques persistent quant à la lenteur des procédures, aux exclusions et à l’impact réel sur le pouvoir d’achat des ménages les plus fragiles.
Sur le plan territorial, la volonté affichée de réduire les inégalités régionales à travers des transferts financiers et une régionalisation renforcée se heurte à une réalité plus complexe. Les disparités entre régions demeurent visibles, et la dépendance à la décision centrale reste difficile à effacer malgré les annonces.
Enfin, la soutenabilité de ce modèle interroge. Certes, les équilibres macroéconomiques semblent maîtrisés, avec une réduction du déficit et une amélioration des recettes fiscales. Mais dans un contexte international incertain, marqué par les effets du changement climatique et le stress hydrique, la capacité du Maroc à maintenir ce rythme d’investissement et de redistribution reste un défi majeur.
Au-delà des chiffres, ce bilan révèle surtout une bataille de récits. D’un côté, un gouvernement qui revendique une transformation structurelle du modèle social. De l’autre, une opinion publique encore en attente de résultats tangibles dans son quotidien. Entre promesse de rupture et réalité vécue, l’écart reste au cœur du débat.












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