Un diplôme, des candidatures sans réponse et des années d’attente : pour trop de jeunes Marocains, l’entrée dans la vie professionnelle ressemble à une porte qui refuse de s’ouvrir. Derrière la crise de l’emploi se jouent l’indépendance financière, la possibilité de fonder une famille et la confiance dans l’avenir. Un pays qui investit dans sa jeunesse ne peut se satisfaire de la voir attendre.
Le diagnostic dépasse d’ailleurs le seul chômage. Dans un rapport présenté en avril 2026, le Haut-Commissariat au Plan indique que 2,9 millions de Marocains âgés de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Près de 72 % sont des femmes et près de trois sur quatre ne possèdent aucun diplôme qualifiant. Ces jeunes ne constituent donc pas un groupe uniforme : un diplômé à la recherche de son premier poste, une jeune femme freinée par des contraintes familiales et un décrocheur scolaire appellent des réponses différentes.
La lecture des chiffres exige aussi de la rigueur. Depuis 2026, le HCP utilise une nouvelle enquête et une définition plus stricte du chômage, centrée sur les personnes sans emploi, disponibles et en recherche active. Les résultats ne sont pas directement comparables aux anciennes publications. Pour comprendre la crise, il faut également regarder ceux qui ont renoncé à chercher et ceux qui travaillent moins qu’ils ne le souhaitent.
Les travaux des économistes marocains Karim El Aynaoui et Aomar Ibourk permettent de dépasser une explication trop commode : celle de jeunes insuffisamment préparés. Ils examinent à la fois les compétences transmises par l’enseignement, l’accompagnement vers le travail et la capacité de l’économie à créer des emplois permanents et décents. Former davantage reste nécessaire ; encore faut-il que des entreprises puissent recruter.
Dans une analyse publiée en mars 2025, Aomar Ibourk et Tayeb Ghazi soulignent également l’importance de rendre la croissance plus créatrice d’emplois. Leur réflexion met en avant les petites entreprises, les activités locales, l’adaptation des formations et un accompagnement renforcé des demandeurs d’emploi. Elle rappelle surtout qu’une feuille de route ambitieuse vaut par la qualité de son exécution.
Une première piste serait de donner une autre dimension à l’apprentissage rémunéré. En Allemagne, la formation en alternance associe enseignement professionnel et travail en entreprise, avec une rémunération et des qualifications reconnues. Le Maroc pourrait s’inspirer de cette organisation en renforçant ses propres dispositifs : un contrat clair, un tuteur formé, des compétences vérifiables et une véritable perspective professionnelle. L’enjeu serait d’éviter que l’apprentissage devienne une succession de stages sans lendemain.
Une deuxième piste consisterait à instaurer progressivement une garantie d’accompagnement pour les jeunes. Dans l’Union européenne, la garantie renforcée pour la jeunesse engage les États à proposer aux moins de 30 ans une offre de qualité d’emploi, de formation, d’apprentissage ou de stage dans les quatre mois suivant la sortie des études ou la perte d’un emploi. Il s’agit d’un engagement d’action, dont la réalisation dépend des moyens et des débouchés disponibles.
Adaptée au Maroc, cette démarche pourrait commencer dans quelques territoires : chaque jeune inscrit disposerait d’un interlocuteur, d’un bilan de compétences et d’un parcours suivi. Les résultats seraient évalués selon l’accès à un emploi durable, plutôt que selon le nombre de personnes reçues ou de formations organisées.
Mais l’accompagnement ne créera pas, à lui seul, les postes manquants. Il faudrait parallèlement aider les petites entreprises à grandir : faciliter leur financement, accélérer le paiement de leurs prestations et rendre les marchés plus accessibles. Une aide à la première embauche pourrait être expérimentée, à condition de financer des recrutements supplémentaires, déclarés et maintenus dans le temps.
Pour les jeunes femmes, des transports sûrs, des solutions de garde d’enfants et une meilleure proximité des formations permettraient de lever des obstacles concrets. Dans les zones rurales, les parcours devraient être construits autour des débouchés locaux. Quant à l’entrepreneuriat, il mérite un soutien associant financement, accompagnement et accès aux clients : un crédit ne suffit pas à faire vivre une activité.
Ces propositions exigent des budgets, une coordination et des évaluations publiques. Elles demandent aussi de reconnaître la valeur des métiers techniques et de garantir des conditions de travail capables d’attirer les jeunes.
La réponse à la crise de l’emploi se mesurera à une réalité simple : combien de jeunes pourront enfin vivre de leur travail et construire leur avenir au Maroc ? C’est sur cette première chance concrète que se jouera une part essentielle de la confiance nationale.












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