L’on ne parle malheureusement du cinéma au Maroc, ces derniers jours, qu’à travers les images spectaculaires de « L’Odyssée », le très attendu film de Christopher Nolan, tourné dans les décors naturels grandioses de Ouarzazate, Dakhla et d’autres régions du Royaume.
Cette formidable vitrine internationale, qui met en lumière les paysages exceptionnels du Maroc et son attractivité pour les superproductions étrangères, ne saurait toutefois masquer le profond malaise dans lequel continue d’évoluer le cinéma marocain. Elle ravive même une interrogation de fond : pourquoi un tel engouement mondial profite-t-il si peu au développement de l’industrie cinématographique nationale ?
En dehors des importantes retombées financières générées par les tournages internationaux au profit des sociétés marocaines retenues comme producteurs délégués, ainsi que de l’embauche temporaire de figurants, de techniciens ou de prestataires locaux, les bénéfices demeurent limités. Les réalisateurs marocains, les chefs opérateurs, les scénaristes et l’ensemble des créateurs restent largement exclus de ces productions d’envergure. Pourtant, des œuvres ambitieuses comme « L’Odyssée » pourraient constituer un véritable laboratoire d’apprentissage, de perfectionnement et d’ouverture sur les meilleures pratiques du cinéma international.
Le moment n’est-il pas venu de revoir les conditions d’accueil de ces tournages à gros et moyens budgets afin qu’ils contribuent davantage à l’essor du cinéma marocain ? Une partie des avantages consentis à ces productions pourrait, par exemple, alimenter un fonds dédié au financement des premières œuvres et à l’accompagnement des jeunes réalisateurs. Il serait également pertinent de prévoir une participation plus importante des professionnels marocains aux équipes artistiques et techniques, au-delà des seuls emplois d’exécution, tout en veillant à ce que les régions qui accueillent ces tournages bénéficient de projets durables et structurants, plutôt que de simples emplois temporaires.
Il est légitime de célébrer la beauté des paysages marocains, la qualité exceptionnelle de leur lumière et les conditions naturelles qui séduisent les plus grands studios du monde. Mais il serait encore plus judicieux de transformer cette attractivité en un véritable levier de développement pour le cinéma national. Le Maroc ne devrait pas se contenter d’être un décor prestigieux pour les productions étrangères ; il devrait également tirer profit de cette dynamique pour faire émerger une industrie cinématographique forte, compétitive et capable de rayonner bien au-delà de ses frontières.
Par Jalil Nouri



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