Depuis la rue, l’immeuble paraît ordinaire. Quelques étages, des fenêtres, une façade parfois fraîchement repeinte. Mais au-dessus du dernier palier commence une autre réalité : des chambres en tôle ondulée, des cloisons improvisées et des abris de fortune occupent les terrasses. Dans certains quartiers de nos grandes villes, le bidonville ne s’étend plus seulement au sol. Il se construit aussi en hauteur, loin du regard des passants.
Ces espaces sont loués à des célibataires, mais également à des familles avec enfants. Une porte, quelques mètres carrés et un toit métallique tiennent alors lieu de logement. Ce qui devrait être une solution exceptionnelle devient un quotidien durable, faute de pouvoir accéder à mieux.
La question dépasse largement l’esthétique urbaine. Une toiture en tôle sans isolation suffisante expose ses occupants à la chaleur comme au froid. Des installations électriques bricolées peuvent accroître le risque d’incendie. Des accès encombrés compliquent une évacuation. Et lorsque les protections des terrasses sont insuffisantes, les enfants sont les premiers exposés. Les autres habitants de l’immeuble peuvent également subir les conséquences de travaux qui affectent l’étanchéité ou ajoutent des charges dont la structure n’a pas nécessairement été conçue pour supporter le poids.
Le parallèle avec l’Égypte est frappant. Au Caire, la vie « fawqa soutouh », au-dessus des toits, constitue une réalité ancienne étudiée par les chercheurs. Les terrasses y deviennent des espaces d’habitation et une ressource économique, dans un marché du logement inaccessible à une partie de la population. L’informalité de ces occupations rend toutefois leur ampleur difficile à mesurer.
Au Maroc, il serait hasardeux d’avancer un chiffre sans recensement spécifique. Mais cette absence de mesure ne doit pas devenir un prétexte à l’inaction. Elle appelle, au contraire, un inventaire sérieux : combien de ménages vivent dans ces constructions ? Dans quelles conditions ? Qui perçoit les loyers et qui contrôle la sécurité des lieux ?
À Rabat, des informations font état d’opérations de suppression de constructions sur les terrasses aux abords du stade Moulay Abdellah avant la CAN. Leur périmètre et leurs motivations précises restent à établir. Il serait donc imprudent d’affirmer qu’elles visaient exclusivement à préserver les images aériennes. Une exigence demeure néanmoins : l’attention portée aux quartiers proches des équipements sportifs doit bénéficier aussi à ceux qui restent hors du champ des caméras.
Une terrasse débarrassée de ses baraques n’est pas nécessairement une famille sortie de la précarité. Sans accompagnement, la démolition peut simplement déplacer le problème vers un autre toit, une autre chambre surpeuplée ou un autre quartier.
La réponse doit associer contrôle des constructions, protection immédiate des occupants et accès à des logements financièrement accessibles. Elle doit aussi examiner les responsabilités de ceux qui tirent un revenu de locaux impropres à l’habitation, sans faire porter aux seuls locataires le poids de leur vulnérabilité.
L’ambition urbaine du Maroc mérite mieux qu’une façade impeccable surmontée d’une misère invisible. La modernisation de nos villes prendra tout son sens lorsque la sécurité et la dignité seront garanties jusqu’au dernier étage.












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