En juin 2026, le Maroc est en huitièmes de finale du Mondial. Il est champion d’Afrique. Il construit le plus grand stade du monde. Il organise la Coupe du monde 2030. Ce même peuple — cette même énergie — perd l’équivalent d’une équipe de football toutes les quarante-huit heures sur ses routes.
Ce texte n’est pas un reproche. C’est une invitation.
Juin 2026. On était là, tous. Devant nos télés en famille, entre amis, dans les rues, partout dans le monde — et pour certains d’entre nous dans les tribunes, à porter ce drapeau à bout de bras. Les Lions de l’Atlas ont battu l’Écosse, renversé Haïti 4 à 2, décroché leur qualification pour les huitièmes de finale. Sept points. Deuxièmes derrière le Brésil — le Brésil. Et avant ça, la CAN organisée à domicile, une finale qui a fait couler de l’encre, et un titre qui est revenu au Maroc par décision du jury d’appel de la CAF — parce que quand ce pays mérite, ça finit par se savoir.
J’ai vécu tout ça comme tout le monde. Avec la gorge serrée et la fierté au bord des yeux.
Et pendant ces mêmes semaines de juin, nos routes ont tué près de 300 personnes.
Je pose ce chiffre ici non pas pour assombrir la fête — la fête était méritée, elle était vraie, elle était nous. Je le pose parce que je crois profondément que ce peuple qui a accompli tout ça est exactement le peuple capable de s’attaquer à ça.
Pensons-y une seconde. Ce pays est en train de construire le plus grand stade du monde — 115 000 places, à El Mansouria, province de Benslimane, toit inspiré des tentes de Moussem, tradition et modernité fondues dans une seule structure qui n’existe nulle part ailleurs sur terre. Il réhabilite six stades simultanément. Il mobilise des milliards. Il prépare 2030 avec l’Espagne et le Portugal, et il le fait avec une rigueur que beaucoup n’attendaient pas. Quand ce pays décide, il fait. Et il fait bien.
C’est ça, le Maroc de 2026.
Alors voilà ce que je n’arrive pas à lâcher : cette énergie collective qui nous fait vibrer à chaque match des Lions, cette volonté d’État qui érige des stades identitaires en un temps record, cette capacité de mobilisation nationale — elle existe. Elle est là, vivante, prouvée. Et elle pourrait sauver 300 vies par mois.
Trois cents. Les bilans hebdomadaires de la DGSN pour les quatre premières semaines de juin font état de 102 morts en zone urbaine seulement. En ajoutant les routes nationales et rurales — deux fois plus meurtrières — on dépasse les 280 morts pour ces quatre semaines. La NARSA l’a confirmé en février : 4 577 morts sur les routes en 2025, hausse de 25,5 % par rapport à 2024. Un record. Et juin marque le début de la période la plus dangereuse de l’année.
Onze personnes. L’équivalent d’une équipe entière. Toutes les quarante-huit heures.
La sécurité routière n’est pas un problème insoluble. D’autres pays ont retourné leurs courbes en quelques années — radars, sanctions réelles, campagnes qui touchent, infrastructure ciblée sur les points noirs connus. Le virage de Aïn er Rami sur l’axe Chefchaouen–Ouezzane est réputé dangereux depuis des années. Il a encore tué le 29 juin.
Ces solutions existent. Ce qui leur a manqué jusqu’ici, c’est la même chose qui a manqué pendant des décennies à notre football, à nos infrastructures, à notre rayonnement international — jusqu’au jour où on a décidé que non, en fait, on allait le faire. Et on l’a fait.
C’est pourquoi je m’adresse ce soir aux supporters. À vous qui avez chanté dans les rues après chaque match des Lions. Qui avez partagé les buts, les larmes, les drapeaux. Vous êtes la preuve vivante que ce peuple sait se mobiliser pour ce qui compte. Que l’unité ici n’est pas un vœu pieux — c’est quelque chose qu’on fait, concrètement, quand on y croit.
Faites la même chose pour vos routes. Parlez-en. Exigez-le. Avec la même voix que vous avez utilisée pour célébrer les Lions.
Dima Maghrib — c’est aussi 300 vies sauvées en juin. C’est aussi un virage sécurisé avant qu’il tue. C’est aussi une famille qui rentre chez elle.
Ce pays en est capable. On vient de le prouver, encore.
Par Dr Wadih Rhondali












Contactez Nous
Un grand bravo pour cet excellent et vibrant appel à l’action dans ce dossier plus que VITAL.
Message intéressant. Mais pour qu’il passe, il faut un peuple éduqué. Aussi bien pour lire votre message, en comprendre la portée, que pour apprendre le code de la route, et surtout, à le respecter.
La seule et unique solution est L’ÉDUCATION. Le Maroc est un magnifique pays, avec de la ressource et de l’intelligence quand il le veut. Mais rien, absolument rien ne pourra fondamentalement changer, sur les routes comme ailleurs, tant que l’accès à une éducation de qualité ne sera pas possible pour tous, pour les enfants des villes comme ceux au fin fond des campagnes, pour les enfants de familles aisées comme ceux des foyers les plus démunis.
La citoyenneté, le respect de l’autre, le respect des règles en collectivité s’enseignent avant tout sur les bancs de l’école.
Le Maroc construit le plus grand stade du monde. Soit. Mais cela ne devrait se faire que si, et seulement si, ce n’est pas directement ou indirectement au détriment des budgets alloués à l’éducation (sans parler de la santé). Dans le cas contraire, cela revient à jeter l’argent par les fenêtres et/ou à mettre la charrue avant les bœufs.
Un pays ne peut pas et pourra de moins en moins tenir sa place et le rang auquel il prétend, si son peuple n’est pas éduqué, sur la pelouse, dans les gradins, sur la route et ailleurs. Les élites ont trop souvent tendance à l’oublier, pensant encore malheureusement qu’un peuple illettré leur permettra de s’enrichir plus avant.
C’est pourtant tout le contraire !