Le cap est fixé, et l’exigence dépasse largement le renouvellement des équipes. En ouvrant, ce vendredi 9 octobre à Rabat, la première session de la douzième législature, le Roi Mohammed VI a appelé à faire du nouveau mandat parlementaire et gouvernemental un véritable tournant. L’ambition économique du Maroc doit désormais avancer de concert avec la justice sociale et territoriale.
La portée politique de ce message est claire : une alternance ne prendra tout son sens que si elle produit un changement perceptible dans la vie des citoyens. Une nouvelle architecture gouvernementale, aussi élaborée soit-elle, devra donc démontrer son utilité par des services publics plus accessibles, des possibilités d’emploi et une réduction des disparités entre territoires.
Le passage le plus ferme concerne les blocages administratifs. Le Souverain demande l’application complète de la Charte de la déconcentration, avec le transfert des compétences et des moyens humains et financiers vers les provinces et les régions. Il appelle également à clarifier les responsabilités des institutions régionales et à leur donner une véritable capacité de décision et d’exécution.
Ce rappel touche au cœur du problème : comment demander aux territoires de porter le développement si les décisions, les budgets et les autorisations restent concentrés au centre ? La proximité administrative perd sa valeur lorsque les responsables locaux disposent de peu de marges pour résoudre les difficultés qu’ils constatent. L’enjeu sera donc de transformer les transferts annoncés en pouvoirs réellement exercés, avec des responsabilités identifiables.
Autre priorité centrale : la jeunesse. Le discours relie l’éducation, la qualification et l’insertion économique dans une même démarche. Cette articulation est essentielle. Former sans débouchés entretient la frustration ; investir sans créer d’emplois accessibles laisse une partie de la population à distance de la croissance. La confiance des jeunes se construira sur la possibilité concrète de progresser socialement.
Sur le terrain économique, les orientations couvrent la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, l’industrie, le numérique et l’intelligence artificielle. Le secteur privé est appelé à prendre davantage d’initiatives, à investir, à exporter et à créer des emplois. Pour le prochain gouvernement, le défi consistera à organiser ces priorités autour d’objectifs mesurables, plutôt qu’à multiplier les stratégies sans suivi suffisamment lisible.
Le discours comporte aussi un volet extérieur : le Roi estime que la coopération migratoire actuelle atteint ses limites et annonce une nouvelle vision à présenter aux partenaires du Royaume. Il réaffirme qu’un partenariat souverain ne saurait être soumis aux pressions ou au chantage.
Enfin, le rappel du contrat moral liant les parlementaires aux citoyens place les élus devant leur responsabilité. Leur rôle devra se traduire par un contrôle exigeant de l’action publique et une évaluation de ses effets.
La véritable épreuve de la nouvelle mandature commencera après les nominations : lorsque les ambitions devront devenir des résultats. Le discours royal fournit une grille de lecture exigeante pour juger cette étape : ce qui change pour les jeunes, ce qui avance dans les territoires et ce qui améliore durablement le quotidien des Marocains.












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