À force de remplir les emplois du temps, risque-t-on de perdre de vue les besoins des élèves ? Entre cours, déplacements, devoirs et cartables chargés, la journée scolaire déborde souvent sur la vie familiale. Le jeu, le sport, la lecture plaisir et les activités artistiques doivent alors trouver leur place dans le temps restant. Pourtant, une réforme éducative ambitieuse devrait leur réserver une place à part entière.
Au Maroc, le débat sur les rythmes scolaires mérite d’accompagner celui sur les programmes et les méthodes pédagogiques. La réussite d’une école ne se mesure pas seulement au nombre d’heures pendant lesquelles elle retient un enfant en classe. Elle se mesure à ce qu’il comprend, maîtrise et peut mobiliser, mais aussi à sa motivation et à son équilibre.
Les comparaisons internationales doivent éclairer cette réflexion sans servir de recette magique. Il n’existe pas de modèle européen unique : les volumes d’enseignement et leur organisation varient considérablement selon les pays. Réduire les horaires ne garantit donc pas automatiquement de meilleurs résultats. Il faut repenser ensemble le contenu des programmes, la qualité de l’enseignement et la répartition des apprentissages. www.oecd.org
La première exigence serait d’adapter les journées à l’âge des élèves. Un enfant du primaire et un adolescent ne devraient pas être soumis à une organisation uniforme. Durée des séances, pauses, alternance des activités et répartition des matières doivent être examinées selon les besoins de chaque niveau. L’allègement concerne autant la manière d’organiser les cours que leur durée totale.
Des journées mieux équilibrées permettraient de donner davantage de place au sport, au théâtre, à la musique et aux jeux collectifs. Ces activités offrent des occasions de découvrir ses capacités, de coopérer et de s’exprimer. L’Organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs aux enfants et adolescents une moyenne d’au moins soixante minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à soutenue, sur la semaine. www.who.int
Mais faire sortir les élèves plus tôt exige une organisation accessible à toutes les familles. Sans accueil encadré, restauration ou transports adaptés, la mesure pourrait compliquer le quotidien des parents qui travaillent. Sans activités gratuites ou abordables, elle risquerait aussi de creuser les écarts entre les enfants.
Le soutien aux élèves en difficulté doit rester une priorité. Des programmes mieux hiérarchisés permettraient de consacrer du temps aux apprentissages essentiels et à un accompagnement ciblé. Si les familles doivent compenser les heures supprimées par des cours particuliers, la réforme aura déplacé la charge au lieu de l’alléger. Les devoirs doivent également être réexaminés pour préserver un véritable temps de repos.
Enfin, les élèves eux-mêmes doivent être associés au débat. Qu’est-ce qui les fatigue ? Quelles activités les motivent ? Dans quelles conditions comprennent-ils mieux ? Leurs réponses, croisées avec celles des enseignants et des parents, aideraient à construire des expérimentations utiles, évaluées sur les acquis, l’assiduité et le bien-être.
Le ministère devrait ouvrir ce chantier avec des objectifs précis et des moyens adaptés. L’enfant ne peut être la variable d’ajustement d’un emploi du temps : c’est l’emploi du temps qui doit servir ses apprentissages et son développement. Donner aux élèves le temps de grandir fait aussi partie de la mission de l’école.











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