À quelques jours du scrutin du 23 septembre, la campagne électorale marocaine ne se joue plus seulement dans les grandes salles, les quartiers populaires, les souks ou au milieu des traditionnelles tournées de proximité. Une seconde campagne, autrement plus rapide et parfois plus agressive, se déroule désormais sur les écrans.
Facebook, Instagram, TikTok, YouTube et WhatsApp sont devenus des terrains électoraux à part entière. Discours découpés en séquences de quelques secondes, vidéos soigneusement montées, slogans, directs, petites phrases : le candidat est désormais presque autant un produit numérique qu’un acteur de terrain.
Le meeting lui-même change de fonction. Il ne s’adresse plus uniquement à ceux qui y assistent. Une foule, une ovation ou une salle pleine deviennent des images destinées à être diffusées, partagées et transformées en démonstration de popularité.
Mais cette révolution comporte son piège : la visibilité n’est pas le vote.
Une enquête universitaire récente montre ainsi que seulement 22,6% des personnes interrogées considèrent que les réseaux sociaux peuvent influencer leur choix électoral. Des centaines de milliers de vues et de «likes» peuvent donc fabriquer de la notoriété sans nécessairement remplir les urnes.
La bataille vise particulièrement une jeunesse massivement connectée mais dont une partie reste méfiante envers la politique traditionnelle. Le défi n’est donc plus seulement de l’atteindre, mais de la convaincre.
S’ajoute désormais l’intelligence artificielle, avec son revers : images manipulées, fausses déclarations, désinformation et contenus artificiellement fabriqués. Le législateur et le régulateur audiovisuel ont d’ailleurs renforcé l’encadrement de ces nouveaux outils.
Une autre interrogation demeure : celle de l’argent. Sponsoriser, produire et multiplier les contenus coûte cher, au point que les dépenses numériques font désormais l’objet d’un encadrement spécifique.
Jamais finalement les candidats n’auront autant communiqué. Mais communiquent-ils davantage sur le fond ?
À force de privilégier la petite phrase, l’image spectaculaire et la vidéo virale, le risque existe de voir la confrontation des programmes céder progressivement la place à une compétition de visibilité.
La véritable épreuve arrivera donc le 23 septembre : savoir si les millions de vues, de «likes» et de partages réussiront à franchir la dernière frontière, celle qui sépare le téléphone portable de l’isoloir.



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