Au moment où les relations entre Rabat et Madrid traversent une nouvelle zone de turbulences, l’Espagne accélère discrètement le renforcement de ses capacités de renseignement spatial. Son ministère de la Défense prévoit de consacrer jusqu’à 7,438 millions d’euros à l’acquisition d’images satellitaires commerciales à très haute résolution pour ses forces armées.
Il ne s’agit pas d’acheter un satellite supplémentaire. L’état-major espagnol veut pouvoir commander, pendant deux ans, des images provenant de différentes constellations commerciales et fournies par un maximum de dix opérateurs. Les données recherchées couvrent plusieurs technologies : images optiques, infrarouges et radar, destinées notamment aux missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.
Le cahier des charges ne désigne toutefois ni le Maroc ni aucune autre nation comme cible. Le dispositif doit permettre aux militaires espagnols d’obtenir des renseignements sur différentes régions du monde en fonction de leurs besoins opérationnels.
L’ombre de la crise de Sebta
Le calendrier donne néanmoins à l’opération un relief particulier. L’appel d’offres a été lancé après la grave crise migratoire survenue fin juillet à Sebta, tandis que les moyens de surveillance de la frontière et du nord du Maroc font l’objet d’un débat en Espagne. Des images satellitaires commerciales de la zone avaient d’ailleurs documenté les mouvements de population pendant cette crise.
Madrid semble surtout vouloir réduire certaines de ses dépendances en matière d’observation spatiale. L’Espagne dispose déjà du satellite radar PAZ mais dépend notamment d’une coopération avec la France pour une partie de ses capacités optiques militaires.
PAZ 2 : le véritable saut technologique
Car derrière les 7,4 millions d’euros se cache un programme autrement plus considérable : PAZ 2.
L’Espagne développe deux nouveaux satellites d’observation radar destinés principalement au ministère de la Défense. Le financement public prévu atteint 1,011 milliard d’euros et le programme doit s’étendre jusqu’en 2032. Pour la seule année 2026, l’enveloppe programmée s’élève à 245,575 millions d’euros, selon le Bulletin officiel espagnol.
Madrid met ainsi en place une stratégie à deux étages : acheter immédiatement des images aux opérateurs commerciaux et, à plus long terme, disposer de moyens souverains beaucoup plus performants.
Dans le contexte actuel, cette montée en puissance dépasse donc la simple modernisation technologique. De Sebta au détroit de Gibraltar, l’espace devient progressivement un nouvel étage de la surveillance stratégique espagnole. Mais rien, à ce stade, ne permet d’affirmer officiellement que le nouveau marché satellitaire a été conçu spécifiquement pour observer le Maroc.












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