Le thermomètre entre les deux pays voisins est vite monté de plusieurs degrés de tension, alors que les incidents de Ceuta du 30 juillet n’ont pas fini de creuser le fossé.
Depuis l’annonce, il y a quelques heures, de l’arrivée, les 13 et 14 octobre, du couple royal espagnol en territoire marocain, non pas dans la capitale, Rabat, mais dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, dans un geste de défiance envers le Maroc, sachant qu’une telle visite sur les mêmes lieux en 2007 avait provoqué l’ire du Maroc, qui l’avait qualifiée de provocation et d’affront, au point d’envisager la rupture des relations diplomatiques, tendues comme aujourd’hui, et comme le montrera la réaction de Rabat.
Pour calmer des partis de droite et d’extrême droite de son pays, remontés contre le Maroc en l’accusant à tort d’être à l’origine de l’arrivée massive et irrégulière de milliers de jeunes Marocains en plusieurs vagues à Ceuta, le roi Felipe VI a décidé de venir pour deux jours dans celle-ci et à Melilla, l’autre enclave au Maroc, afin d’apporter réconfort et assurance aux populations se disant envahies par des hordes et menacées. La situation s’est dangereusement dégradée depuis, avec une politisation à outrance de ce climat dans les deux villes quadrillées avec l’armée, comme si toute l’Espagne était en guerre à ses frontières, comme si le Maroc constituait une menace.
Du reste, et pour coiffer le tout, le gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sánchez, qui se disait à haute voix ami du Maroc jusqu’à hier, a brusquement choisi, dans une volte-face, d’aller demander à l’ensemble européen de se positionner aux côtés de son pays dans cette confrontation, car il s’agit d’un danger pour toute l’Europe des 27, en insinuant clairement qu’elle devrait venir dans les deux enclaves pour se protéger des vagues d’assauts de migrants illégaux qui se dissémineraient partout.
Au milieu de milliers de migrants restés bloqués à Ceuta et en attente de refoulement depuis des semaines, le couple royal espagnol viendra, à ses risques et périls, prêcher le statut espagnol des deux enclaves, mais à quel prix et pour des conséquences politiques et diplomatiques incalculables.
La politique interne espagnole a traversé le détroit de Gibraltar en insultant l’histoire et le bon voisinage.



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