Après plusieurs campagnes éprouvantes pour les consommateurs, l’huile d’olive retrouve des prix plus accessibles dans certains bassins de production marocains. Une nouvelle bienvenue pour les familles, longtemps contraintes de réduire leurs achats d’un produit profondément ancré dans leurs habitudes alimentaires. Mais derrière cette détente se dessine un enjeu : préserver à la fois le pouvoir d’achat, la qualité de l’huile et la rémunération des producteurs.
Dans la province de Moulay Yacoub et les zones voisines, les premiers résultats de la campagne nourrissent l’optimisme. Fin octobre, des prix compris entre 37 et 40 dirhams le litre étaient rapportés dans certaines huileries et sur les marchés locaux. Des professionnels envisagent une baisse supplémentaire avec l’arrivée de nouveaux volumes, sans que ces perspectives constituent une garantie pour l’ensemble du pays.
Les précipitations enregistrées dans cette région expliquent en partie l’amélioration attendue de la récolte. Toutefois, le tableau national demeure contrasté. À Laâttaouia, dans la province d’El Kelaâ des Sraghna, les professionnels anticipent une production inférieure à celle de la campagne précédente, avec une huile nouvelle commercialisée entre 45 et 50 dirhams le litre en début de saison. L’embellie observée dans une région ne signifie donc pas une abondance généralisée.
Pour les ménages, la question est désormais de savoir jusqu’où cette détente se retrouvera dans les commerces. Un prix pratiqué à la sortie d’une huilerie ne se confond pas avec celui d’une huile conditionnée, transportée puis distribuée en ville. Comparer les tarifs suppose ainsi de tenir compte de l’origine, de la catégorie du produit et de son circuit de commercialisation. La transparence sur ces éléments permettrait de mieux apprécier les écarts.
L’autre exigence concerne la qualité. La recherche du meilleur prix doit s’accompagner d’une attention à l’identité du vendeur, à la traçabilité et aux conditions de conservation. La couleur ou la seule réputation d’une provenance ne remplacent pas les critères d’évaluation : le Conseil oléicole international prévoit notamment des analyses chimiques et sensorielles pour caractériser les huiles. Il recommande également de les préserver de la lumière, de la chaleur excessive et du contact avec l’air.
Au-delà du plaisir gustatif, l’huile d’olive conserve un intérêt nutritionnel. L’Organisation mondiale de la santé recommande de privilégier les graisses insaturées, présentes notamment dans l’huile d’olive, plutôt que les graisses saturées. Elle trouve donc sa place dans une alimentation équilibrée, en quantité modérée. Chez les enfants aussi, sa découverte peut s’inscrire dans l’apprentissage d’une alimentation variée, sans la présenter comme un remède ou un aliment à consommer sans limite.
La valorisation à l’international mérite également une réflexion. Pour la filière marocaine, l’ambition devrait être de mieux faire connaître les terroirs, de renforcer le conditionnement et de vendre une qualité identifiable. Cette stratégie doit toutefois rester compatible avec un approvisionnement intérieur accessible et une rémunération permettant aux exploitants d’entretenir leurs vergers et de préparer les prochaines campagnes.
Enfin, le patrimoine oléicole mérite davantage de visibilité. Une précision s’impose : l’UNESCO a reconnu les pratiques et savoir-faire liés à l’arganier, et non l’huile d’argan comme simple produit. Le Maroc participe aussi à l’inscription de la diète méditerranéenne, dont l’huile d’olive est une composante majeure. Son héritage culturel bénéficie donc déjà d’une reconnaissance dans ce cadre collectif.
La baisse des prix constitue un répit appréciable. Le véritable défi sera d’en faire une amélioration durable : une huile authentique, accessible aux familles et suffisamment rémunératrice pour ceux qui la produisent.












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