La question des accords liant l’Espagne et l’Europe au Maroc en matière d’immigration ne pouvait échapper à la bonne place réservée par le discours royal à l’occasion de l’ouverture du Parlement, et ce, en raison de faits toujours brûlants dans l’actualité.
Et pour cause, le Roi Mohammed VI s’est longuement attardé sur ce sujet qui empêche toujours ces relations de retrouver une normalité après les incidents à la frontière de Ceuta, alors que le Cabinet royal et la diplomatie marocaine n’ont encore publié aucun communiqué relatif au problème posé par la visite du couple royal espagnol, dans les prochains jours, dans les deux enclaves en territoire marocain de Ceuta et Melilia.
Cet accroc diplomatique pourrait aller plus loin avec le projet du roi Felipe VI de visiter un cimetière dans la première ville, où sont enterrés des centaines de corps de victimes de l’assaut d’immigration irrégulière du 30 juillet dernier, alors qu’une telle visite avait été farouchement dénoncée dès 2007 et avait créé un incident diplomatique encore en mémoire.
Le problème migratoire ne concerne plus uniquement l’Espagne, porte de toute l’Europe, en fait. Pour prévenir les bouleversements politiques à venir après les élections, qui pourraient voir partir le gouvernement socialiste avec lequel le Maroc a bâti une politique qui a donné ses fruits, vite effacés par les batailles internes en Espagne, le temps est donc venu pour Rabat d’exiger plus d’efforts de la part des 27 pays européens, qui laissent seul le Maroc en première ligne, sans contrepartie pour son développement, ses liens avec l’Europe et pour contenir les exodes manipulés par des réseaux criminels organisés de traite d’êtres humains et de trafics de drogue.
Le fait que Rabat n’ait pas d’atomes crochus avec la droite et l’extrême droite, appelées à succéder au gouvernement socialiste, pousse le Roi Mohammed VI à envisager non seulement de mettre les accords à l’abri des contingences politiques, mais de les revoir de fond en comble, en poussant toute l’Europe à revoir intégralement sa stratégie avec le Maroc contre les flux migratoires irréguliers, celui-ci prenant à sa charge beaucoup plus que ce qui lui est demandé, sans reconnaissance aucune et sans projets de codéveloppement.
Ce dossier restera certainement, au cours des prochains mois, le sujet de négociations triangulaires Maroc-Espagne-Union européenne pour dissiper tout malentendu et faire en sorte que chaque partie assume ses responsabilités face à une crise commune.



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