La ville de Kénitra a accueilli, samedi 10 mai, la session fondatrice du Salon intellectuel Mariam Ait Ahmed, une initiative institutionnelle inédite destinée à créer un espace de réflexion sur les grands enjeux de société, dans une ville en pleine mutation urbaine et économique. Cette première rencontre a placé au centre des débats la question des valeurs à l’heure de l’intelligence artificielle, entre fascination technologique, inquiétudes éthiques et exigence de souveraineté numérique.
Modérée par Mohamed Abarbach, cadre au ministère de la Justice, la session a réuni plusieurs profils issus du monde universitaire, juridique, associatif, économique et éducatif. Parmi eux figuraient Mohamed Derrij, expert pédagogique international, Mustapha El Manouzi, militant des droits humains, El Ghazi Abdellah, investisseur international, Rabie Benhamou, professeur universitaire, Leila Akrid, sociologue, Fatima Abach, inspectrice de l’éducation islamique, l’avocat Naim Chmaaou, la médiatrice Zohra Essabi et le chercheur Abderrahim Ait Alla.
Les échanges ont d’abord porté sur le diagnostic. Les intervenants ont alerté sur les dangers d’un usage incontrôlé de l’intelligence artificielle : diffusion de fausses informations, fraudes numériques, manipulation des consciences, clonage de contenus, exposition excessive des données privées, isolement familial et affaiblissement de la créativité humaine.
Mohamed Derrij a notamment insisté sur les limites de la machine, capable selon lui de recycler les archives disponibles sur Internet sans produire une véritable connaissance nouvelle. Leila Akrid a, de son côté, évoqué les identités numériques parfois éloignées de la réalité sociale, tandis que Fatima Abach a souligné le décalage inquiétant entre les compétences numériques des élèves et des programmes scolaires devenus insuffisants.
Mais le débat n’a pas versé dans le rejet de la technologie. Naim Chmaaou a rappelé que l’intelligence artificielle pouvait permettre de traiter rapidement des volumes considérables de dossiers, notamment dans le domaine juridique. Les participants ont ainsi plaidé pour une approche équilibrée : ni fascination naïve, ni technophobie, mais une maîtrise consciente et encadrée.
Parmi les pistes avancées figurent l’éducation au numérique dès l’école primaire, la vérification systématique des sources, le développement de l’esprit critique, l’apprentissage de l’ingénierie des commandes, ainsi que la promotion d’une intelligence éthique, sociale et spirituelle.
À travers cette première édition, le Salon Mariam Ait Ahmed ambitionne de devenir un espace durable de dialogue, capable d’accompagner le Maroc dans la construction d’une souveraineté numérique respectueuse de son identité, de sa mémoire collective et de ses valeurs humaines.
Par : Zakaria Berala



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