La contestation interne à la FIFA vient de faire une victime de premier plan. Kevin Lamour, directeur des opérations et considéré comme le numéro 3 de l’instance mondiale du football, quitte ses fonctions quelques semaines seulement après avoir publiquement défié Gianni Infantino.
La FIFA a confirmé lundi 17 août la fin de sa relation de travail avec le dirigeant français, en se contentant de le remercier pour ses deux années de service et de lui souhaiter bonne chance pour la suite. L’instance n’a fourni aucune autre explication officielle.
Mais le calendrier rend difficile de dissocier ce départ de la spectaculaire fronde déclenchée fin juillet par Kevin Lamour contre le président de la FIFA.
Un projet à 20 milliards de dollars qui met le feu aux poudres
À l’origine de la crise se trouve un projet particulièrement ambitieux porté par Gianni Infantino : transférer les activités commerciales liées aux principales compétitions de la FIFA, dont la Coupe du monde, vers une nouvelle société valorisée autour de 20 milliards de dollars, puis céder jusqu’à 20 % de cette structure à des investisseurs privés. L’opération aurait pu permettre de lever plus de 4 milliards de dollars.
Sur le papier, l’idée pouvait être présentée comme une nouvelle étape dans la transformation économique de la FIFA. Mais en interne, elle a provoqué une véritable levée de boucliers.
Kevin Lamour est alors sorti de la réserve traditionnellement observée par les hauts responsables de l’organisation.
Le Français a affirmé que les salariés de la FIFA avaient été « trompés » sur le projet et dénoncé un manque de transparence. Plus grave encore politiquement, il a présenté cette opération comme le projet d’un seul homme, visant directement Gianni Infantino.
Lamour est même allé beaucoup plus loin en estimant que la mission de la FIFA était de servir le football et non les intérêts personnels de celui qui la dirige.
Il savait manifestement qu’il mettait son poste en jeu. Dans sa déclaration, il avait indiqué qu’il accepterait d’en perdre son emploi si telle devait être la conséquence de sa prise de position.
Moins de trois semaines plus tard, son départ est acté.
Un ancien proche d’Infantino
L’affaire est d’autant plus spectaculaire que Kevin Lamour n’était pas historiquement un adversaire de Gianni Infantino.
Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Lamour avait notamment participé à l’équipe qui avait accompagné Infantino lors de sa conquête de la présidence de la FIFA en 2016. Après avoir travaillé à l’UEFA, il avait rejoint la FIFA comme directeur des opérations en novembre 2024.
Voir un homme issu de ce premier cercle se retourner aussi ouvertement contre le président donne donc une autre dimension à la crise.
Et Lamour n’est pas seul.
Carlos Cordeiro, conseiller de Gianni Infantino et ancien président de la Fédération américaine de football, avait lui aussi quitté ses fonctions en opposition au même projet, qu’il considérait comme une mauvaise opération pour le football.
Infantino gagne une bataille, mais le malaise demeure
Ironie de l’histoire : le projet contesté a finalement été abandonné après les fortes résistances rencontrées dans le monde du football.
Kevin Lamour aura donc perdu son poste alors que le projet contre lequel il s’était élevé n’a lui-même pas survécu à la tempête.
Cette séquence laisse surtout derrière elle une question embarrassante pour la FIFA : quelle place reste-t-il pour la contradiction au sommet de l’organisation ?
Car au-delà du sort personnel de Kevin Lamour, son départ intervient dans un contexte où les méthodes de gouvernance de Gianni Infantino font l’objet de critiques croissantes. Le licenciement d’un responsable aussi haut placé, quelques semaines après une opposition publique au président, risque inévitablement d’alimenter ceux qui dénoncent une concentration excessive du pouvoir au sommet de la FIFA.
Gianni Infantino débarrasse peut-être son état-major d’un opposant. Il ne fait pas disparaître pour autant les questions soulevées par celui-ci.
Et après l’abandon du projet commercial et le départ de plusieurs figures importantes, la crise paraît désormais moins financière que politique : elle concerne directement la manière dont la FIFA est gouvernée.












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