Les élections législatives qui viennent de se dérouler au Maroc n’ont pas dérogé à une règle regrettable : dans les programmes et les discours de campagne, la culture est rarement apparue comme un levier de développement. Avec la richesse de sa civilisation, la diversité de son patrimoine et les talents qu’il fait émerger, le Maroc mérite pourtant mieux.
Il faut commencer par accorder à la culture la place qu’elle mérite : préserver le patrimoine, soutenir la création, transmettre les savoir-faire et bâtir des passerelles durables avec le reste du monde. Mais cette ambition restera un vœu pieux tant que les pouvoirs publics et les partis politiques ne reconsidéreront pas la place qu’ils lui accordent dans leurs priorités.
La question du financement est incontournable. Les crédits affectés au département de la Culture demeurent modestes au regard de l’ampleur des missions qui lui sont confiées. En 2026, ils s’élèvent à environ 1,43 milliard de dirhams. Ce montant ne représente toutefois pas l’ensemble des dépenses culturelles publiques : d’autres institutions et collectivités interviennent également dans le secteur. Il serait donc trompeur de présenter le chiffre de 0,24 % comme une mesure établie de tout l’effort national en faveur de la culture.
Les acteurs des industries culturelles plaident depuis longtemps pour que leur activité soit reconnue comme une source d’emplois, de rayonnement et de valeur économique. Leur voix peine encore à peser dans les choix publics. Le développement du gaming et du numérique peut ouvrir de nouvelles perspectives ; il ne saurait dispenser d’investir dans le livre, le cinéma, le théâtre, la musique, les arts visuels et la sauvegarde du patrimoine.
La priorité accordée au football rend ce déséquilibre plus visible. Le Maroc sait mobiliser des moyens et une volonté collective autour du sport. Pourquoi la culture ne bénéficierait-elle pas, elle aussi, d’une ambition suivie dans le temps ? Trop souvent partagée entre plusieurs départements et programmes, elle a besoin d’une vision claire, de financements durables et d’objectifs dont on puisse mesurer les résultats.
Un pays ne défend pas seulement son avenir en construisant des stades. Il le défend aussi en protégeant sa mémoire et en donnant à ses artistes les moyens de créer.












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