La maladie cœliaque, affection auto-immune chronique provoquée par une intolérance permanente au gluten, toucherait près de 2 % de la population marocaine selon les estimations d’organisations spécialisées. Une proportion loin d’être négligeable, pour une maladie qui demeure largement méconnue du grand public et régulièrement confondue avec d’autres troubles digestifs courants.
Le gluten, protéine présente dans le blé, l’orge et le seigle — des céréales très consommées au Maroc — constitue pour les personnes atteintes un véritable poison silencieux. Lorsqu’un patient cœliaque ingère cette protéine, son système immunitaire s’attaque à sa propre paroi intestinale, provoquant à terme des complications potentiellement graves, allant de carences en vitamines à la fatigue chronique, jusqu’au risque de développer certains cancers dans les cas non diagnostiqués.
Jamila Cherif Idrissi, membre fondatrice de l’Association Marocaine de la Maladie Cœliaque et de la Sensibilité au Gluten, a alerté dans un entretien accordé à l’agence MAP sur l’urgence d’une meilleure prise en charge. Elle souligne que la maladie ne dispose d’aucun traitement médical, et que le seul recours est de suivre un régime alimentaire strict et totalement exempt de gluten, à vie.
Le chemin vers le diagnostic reste semé d’embûches. Les médecins généralistes, premiers interlocuteurs des patients, ne sont pas toujours formés à identifier cette pathologie, et se retrouvent souvent à traiter les symptômes sans en identifier la cause profonde. À cela s’ajoute le coût prohibitif des examens diagnostiques, inaccessibles pour une partie de la population.
La contrainte financière ne s’arrête pas là. Les produits sans gluten atteignent des prix jusqu’à 10 fois supérieurs à leurs équivalents classiques, sans qu’aucun mécanisme de remboursement ne soit prévu, faisant peser un fardeau lourd sur les patients et leurs familles. Trouver ces produits dans certaines régions du pays relève par ailleurs du parcours du combattant, et chaque achat impose une lecture minutieuse des étiquettes pour s’assurer de l’absence de gluten — y compris dans ses traces les plus infimes, susceptibles de déclencher une réaction immunitaire.
La dimension sociale de la maladie est elle aussi souvent sous-estimée. Les repas en famille ou au restaurant deviennent une source de stress, dans un environnement où la maladie est encore mal comprise et où les idées reçues persistent.
Face à ces défis, la création de la Fédération Marocaine des Associations de Patients Cœliaques est attendue comme une avancée décisive. Cette structure fédératrice, née à l’initiative de l’Association Marocaine de la Maladie Cœliaque et de la Sensibilité au Gluten à l’occasion de la 6e Journée Nationale de la Maladie Cœliaque à Casablanca, ambitionne de regrouper les associations régionales pour unifier leurs voix et peser davantage en faveur d’une meilleure reconnaissance institutionnelle et d’une prise en charge plus adaptée des malades à travers tout le Royaume.












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