Nabila Mounib n’a jamais fait de la prudence oratoire sa marque de fabrique. Dans les médias comme au Parlement, elle critique ouvertement les inégalités sociales, la corruption et l’état de l’école publique. Ses prises de position suscitent l’adhésion, parfois la controverse, mais la rendent immédiatement reconnaissable dans un paysage politique souvent accusé de parler d’une seule voix. Au lendemain des législatives du 23 septembre, ce franc-parler accompagne une réelle avancée électorale : l’Alliance de la gauche obtient huit sièges, selon les résultats provisoires annoncés par le ministère de l’Intérieur.
Le chiffre mérite d’être replacé dans son contexte. En 2021, le Parti socialiste unifié (PSU) de Mounib et la Fédération de la gauche démocratique (FGD) s’étaient présentés séparément et avaient remporté un siège chacun, soit deux au total. Réunis cette année au sein de l’Alliance de la gauche, ils portent leur représentation commune à huit députés. C’est donc l’alliance, et non le seul parti de Mounib, qui multiplie par quatre son nombre de sièges.
La campagne de Mounib a prolongé le ton qui a fait sa réputation. Elle a appelé à choisir des candidats compétents et intègres, dénoncé les écarts de richesse et plaidé pour la santé, l’éducation et un logement accessibles. Elle a aussi défendu la participation électorale face aux appels au boycott : à ses yeux, laisser des sièges vides revient à renoncer à porter ces combats au Parlement. On peut contester ses analyses ou ses formules ; il est plus difficile de lui reprocher de cacher ses convictions.
Son propre résultat donne une dimension supplémentaire à cette percée. Élue en 2021 sur une liste régionale, Mounib conduisait cette fois la liste de l’Alliance dans la circonscription locale de Casablanca-Anfa. Avec 22,88 % des voix selon les résultats provisoires rapportés sur place, l’alliance y décroche un siège et lui permet de revenir à la Chambre des représentants.
Huit élus ne feront pas de la gauche la première force du Parlement. Ils lui donnent toutefois davantage de voix pour défendre ses propositions et demander des comptes au prochain gouvernement. Pour Nabila Mounib, le scrutin confirme qu’un discours direct peut trouver un public bien au-delà des plateaux et des réseaux sociaux. La tâche commence maintenant : transformer ce gain de sièges en travail parlementaire visible pour les électeurs qui l’ont rendu possible.
Par Salma Semmar












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