L’Observatoire de protection de l’environnement et des monuments historiques de Tanger a tiré la sonnette d’alarme après la détection du frelon oriental, de nom scientifique Vespa orientalis, à Tanger, Tétouan, M’diq et Fnideq. Dans un communiqué daté du 28 septembre, l’organisation réclame une surveillance de terrain urgente, un dispositif de vigilance régional et un plan de lutte encadré par des critères scientifiques.
Son président, Saïd Chokri, a averti que cet insecte pourrait devenir une espèce invasive d’ici un à deux ans. De son côté, la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’apiculture a mis en place une commission technique réunissant ses représentants, des cadres de l’ONSSA et les services provinciaux de l’agriculture. Sa mission est de mesurer la densité de l’insecte et de délimiter précisément sa zone d’implantation. Aucune donnée inquiétante n’a pour l’instant été signalée à Casablanca.
Décrit pour la première fois par Linné en 1771, le frelon oriental appartient au genre Vespa, qui compte 22 espèces vivant en colonies dirigées par une reine unique. Il est originaire d’Asie occidentale et centrale, du Moyen-Orient, d’une partie de l’Europe du Sud-Est et d’une bande de l’Afrique de l’Est. Il s’est récemment installé en Espagne et dans le sud-est de la France. Il niche surtout sous terre, dans des terriers abandonnés ou des fissures rocheuses, et parfois dans les cavités de bâtiments. Prédateur, il s’attaque aux abeilles pour nourrir ses larves, et une seule approche suffit à paralyser une ruche entière, les abeilles cessant alors de sortir butiner.
Son cycle est rapide. La reine sort de son hivernage entre mars et avril pour fonder le nid, la colonie grossit durant l’été et atteint son pic vers octobre avec environ 400 ouvrières. Octobre et novembre constituent la grande période d’accouplement, ce qui rend la capture des reines à ce moment particulièrement décisive pour éviter de nouvelles générations. Une reine fécondée peut aussi voyager cachée dans des cargaisons ou des conteneurs et fonder une colonie ailleurs.
Les craintes portent d’abord sur la production de miel, déjà en recul à cause du manque de pluie, puis sur les arbres fruitiers comme le pommier, dont la pollinisation dépend des abeilles. Chokri se veut toutefois rassurant pour la population : l’insecte n’est pas agressif par nature et ne s’en prend aux personnes que pour défendre son nid. Aucune blessure d’enfant n’a été signalée dans les espaces publics et les écoles de Tanger où sa présence a été constatée.
Ces constats s’appuient sur une étude publiée en 2026 dans la revue gaditane d’entomologie, signée par la chercheuse Wafaa Driouch, de l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan, et par Leopoldo Castro. Menée du 1er octobre au 29 novembre sur huit sites du nord, elle a analysé 201 échantillons issus de nids détruits. Le frelon oriental a été relevé sur six sites côtiers entre Tétouan et Fnideq, avec 80 nids et 166 échantillons, dont 30 nids à Fnideq et 30 à Mallaliyine. À Cabo Negro, 12 nids abritaient 47 futures reines, tous installés dans des terriers ouverts ou sous des pierres. Le frelon européen, lui, reste cantonné au parc naturel de Bouhachem, au-dessus de 600 mètres, avec 4 nids et 35 échantillons dans des chênes-lièges, sans dégât avéré sur les ruchers marocains.
La première trace historique remonte à 1936, avec un spécimen intercepté au port de Casablanca. Les chercheurs privilégient aujourd’hui l’hypothèse d’un transport accidentel par voie maritime depuis la province espagnole de Cadix, la première photo documentée dans le nord datant de 2023, avant une expansion en 2025.
L’Observatoire formule cinq demandes aux autorités. Il réclame un recensement coordonné dans le nord, un système régional d’alerte précoce, un programme de gestion avec destruction professionnelle des nids pour éviter de nuire aux insectes utiles, un soutien aux apiculteurs pour mesurer les pertes, et une information du public sans panique, avec une ligne officielle de signalement. Les habitants sont invités à ne pas s’approcher des nids ni à tenter de les brûler eux-mêmes.



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