Voilà que le PJD sort de sa torpeur pour s’offrir une nouvelle « tête de Turc ». C’était attendu : après avoir concentré ses attaques contre Aziz Akhannouch, le parti islamiste semble avoir trouvé une nouvelle cible en la personne de Faouzi Lakjâa, qui vient de rejoindre les rangs du PAM, désormais considéré comme son principal adversaire politique.
En ressortant la vieille rengaine de « l’hégémonisme » du Parti Authenticité et Modernité, qui prépare activement les prochaines élections législatives avec l’ambition affichée de les remporter, le PJD remet également sur la table les références à son fondateur, Fouad Ali El Himma, conseiller de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Par la voix de son secrétaire général, l’incontournable Abdelilah Benkirane, le parti a ainsi officiellement sonné la fin de la trêve politique et le lancement de sa campagne électorale, placée sous le signe d’une mobilisation ciblant prioritairement le PAM et ses nouvelles recrues.
Lorsque le PAM n’est pas accusé de vouloir influencer le jeu électoral ou d’en fausser les règles, il est présenté comme l’instrument d’une prétendue emprise politique exercée à distance par son fondateur. Un discours désormais bien connu, régulièrement repris par le PJD à l’approche de chaque échéance électorale.
Devenu l’un des symboles du renouveau et de la réussite du football marocain, Faouzi Lakjâa, président de la Fédération Royale Marocaine de Football et ministre délégué chargé du Budget — pour quelques semaines encore, selon de nombreuses spéculations — semble avoir ravivé les inquiétudes du PJD. Son arrivée au PAM laisse entrevoir la possibilité de voir plusieurs figures de ce parti conduire les listes électorales dans des circonscriptions stratégiques que les islamistes espèrent reconquérir. Une perspective qui nourrit les critiques de Benkirane, mais dont les arguments rappellent fortement ceux développés lors des précédentes élections, avant d’être largement démentis par les résultats des urnes.
Ce positionnement pourrait toutefois avoir un autre objectif : détourner l’attention des difficultés du PJD lui-même. Passé du statut de première force politique du pays à celui d’une formation réduite à une poignée de députés, le parti peine encore à expliquer la sévérité de sa défaite électorale et la perte de son rôle de chef de file de l’opposition.
En concentrant l’essentiel de ses attaques sur le PAM, présenté comme le favori du scrutin de septembre, le PJD prend également le risque de masquer l’absence d’un véritable projet alternatif. Car si rien n’est encore joué, les rapports de force actuels semblent plutôt dessiner une opposition dispersée, dans laquelle le parti islamiste pourrait avoir bien du mal, une nouvelle fois, à attribuer un éventuel nouvel échec à la seule « hégémonie » de son adversaire.
Par Jalil Nouri


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