Un traité d’amitié peut-il devenir une arme contre un adversaire politique intérieur ? Le rejet du texte franco-espagnol par le Sénat, mardi 29 septembre, donne à cette question une résonance particulière. En pleine visite d’État d’Emmanuel Macron, le Parti populaire et Vox ont réuni 142 voix contre l’accord, infligeant au président français un revers diplomatique au moment même où Madrid déroulait le protocole de son accueil.
Pour le Maroc, cet épisode mérite davantage qu’un regard distrait. Il montre combien les engagements entre États peuvent être exposés aux affrontements partisans. Mais une précision s’impose : le Sénat espagnol a bloqué la ratification du traité avec la France, sans annuler un accord déjà en vigueur. Une procédure de conciliation entre les chambres reste possible et, en dernier recours, le Congrès peut trancher à la majorité absolue.
Le PP justifie son opposition par une disposition permettant à des ministres de participer, en marge des réunions gouvernementales du pays voisin, à des échanges institutionnels. Le Tribunal constitutionnel avait pourtant validé cette formule. Le calendrier du refus autorise donc une lecture politique : la bataille contre Pedro Sánchez déborde sur la relation avec Paris. Rien ne permet, en revanche, d’établir que ce vote sanctionnerait la coopération française avec Rabat.
Le traité avec le Maroc pourrait-il devenir la prochaine cible ? Vox réclame déjà sa suspension. Toutefois, le PP ne partage pas systématiquement cette position : à Alicante, ses élus ont récemment rejeté une proposition de l’extrême droite visant à promouvoir une rupture du cadre d’amitié avec le Royaume. Cette différence compte. Une convergence contre Sánchez ne constitue pas encore une doctrine diplomatique commune.
Surtout, les deux textes ne se trouvent pas dans la même situation. Signé en 1991 et entré en vigueur en 1993, le traité hispano-marocain organise une coopération déjà installée. Son article 14 prévoit une dénonciation par voie diplomatique, prenant effet six mois après sa réception par l’autre partie. Une alternance électorale ne suffirait donc pas, à elle seule, à le faire disparaître.
Ce cadre touche à des intérêts concrets : coopération économique, lutte contre le terrorisme, criminalité organisée, narcotrafic et conditions de séjour des ressortissants des deux pays. Le remettre en cause ferait peser un risque sur la coordination bilatérale, sans pour autant supprimer automatiquement tous les accords sectoriels. La question pour une éventuelle majorité espagnole serait alors simple : quel bénéfice tirer d’une confrontation dont les entreprises, les services de sécurité et les citoyens pourraient aussi payer le prix ?
Pendant ce temps, Paris et Rabat préparent un nouveau traité destiné à inscrire leur partenariat dans la durée. Le projet a été confirmé par les deux diplomaties, mais les annonces consultées ne permettent pas de tenir pour acquise une signature en janvier prochain.
À l’approche de 2027, aucune victoire électorale ne peut être considérée comme certaine. Pour le Maroc, la vigilance doit néanmoins rester entière : les discours peuvent se durcir rapidement, tandis que la confiance entre voisins demande des années à construire. Madrid devra choisir jusqu’où mener la bataille politique sans fragiliser ses propres intérêts.



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