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L’honnêteté linguistique au Maroc : sortir du décalage

septembre 4, 2026
in ACTUALITÉS, Culture
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Tant qu’on ne dira pas clairement quelles langues servent à quoi au Maroc, on continuera à reproduire une inégalité que l’école prétend combattre.

L’article de Mounir Ghazali, « Faut-il simplifier la langue arabe ? »publié sur Actu Maroc, pose une question importante. Il rappelle la richesse de l’arabe, son patrimoine, sa dimension religieuse et culturelle, et interroge les moyens d’en rendre l’apprentissage plus accessible. Mais, au Maroc, une question plus structurelle me semble devoir être posée : non pas quelle langue faut-il simplifier, mais quelle fonction réelle attribuons-nous à chacune de nos langues?

Le Maroc est officiellement bilingue, arabe et amazighe, et profondément plurilingue. La darija est utilisée par 91,9 % de la population selon le RGPH 2024, tandis que 24,8 % de la population utilise l’amazighe sous l’une de ses principales variétés : tachelhit, tamazight ou tarifit.

Parmi les personnes alphabétisées de 10 ans et plus, 99,2 % savent lire et écrire l’arabe et 57,7 % le français. Nous vivons donc dans plusieurs langues, mais elles n’occupent ni les mêmes espaces ni les mêmes fonctions.

L’arabe standard moderne reste central dans l’école, l’administration, les textes officiels et une partie des médias. L’arabe classique conserve une fonction irremplaçable pour l’accès au Coran, au patrimoine intellectuel et à une civilisation. Le tamazight standard est langue officielle depuis 2011, mais son intégration dans les institutions reste incomplète. La darija, langue quotidienne de l’immense majorité, demeure sans statut officiel. Quant au français, sans être langue officielle, il garde une place importante dans de nombreux secteurs économiques, universitaires et professionnels.À cette mosaïque s’ajoute encore l’espagnol, historiquement présent dans le Nord du pays, tandis que l’anglais progresse rapidement chez les nouvelles générations.

Le problème n’est donc pas le plurilinguisme (diglossie). Il peut être une richesse. Le vrai problème, c’est l’impact de ce décalage entre langues enseignées, langues officielles et langues réellement utilisées sur nos vies professionnelles, sociales et personnelles.

Je le sais aussi par expérience. Je suis née dans une famille où l’on parlait tamazight et darija. J’ai appris l’arabe à l’école avec sérieux : il m’a donné accès à des textes, à une culture et à une profondeur spirituelle essentielle. Mais, en grandissant, j’ai découvert qu’une partie des espaces professionnels et institutionnels exigeait aussi une réelle aisance en françaisvoire l’anglais. Cette aisance, je l’ai construite ensuite, par le travail, la lecture, les déplacements et l’expérience. Tout le monde n’a pas les mêmes possibilités.

C’est là que se joue une inégalité souvent invisible. Deux enfants peuvent fréquenter le même système scolaire et arriver à l’âge adulte avec des capitaux linguistiques très différents. Celui qui grandit dans une famille francophone, fréquente une école bilingue ou voyage acquiert plus facilement une compétence que l’autre devra conquérir seul. Or, lorsque cette compétence devient déterminante dans un entretien, une formation supérieure ou un environnement professionnel, ce n’est plus seulement une question de langue : c’est une question d’égalité des chances.

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Cette question touche aussi au civisme. Participer à la vie collective suppose de comprendre les institutions, les règles, les débats et de pouvoir prendre la parole sans se sentir illégitime. Si certaines langues donnent plus facilement accès à l’information, au pouvoir de convaincre ou aux espaces de décision, alors la langue devient une frontière civique.

Le Maroc a déjà commencé à reconnaître cette réalité. La loi-cadre sur l’éducation prévoit le plurilinguisme, l’apprentissage précoce des langues étrangères et l’alternance linguistique. Le problème n’est donc plus de nier ce besoin. Il est de garantir que leur maîtrise ne dépende pas que du milieu familial.

L’honnêteté linguistique ne consiste pas à choisir une langue contre une autre. Elle consiste à dire clairement aux enfants : voici la langue dans laquelle vous apprendrez telle matière, celle dans laquelle l’administration vous répondra, celle que tel secteur exigera, celle qui vous relie à votre patrimoine, et celles que le système éducatif s’engage réellement à vous donner les moyens de maîtriser.

Le vrai défi n’est peut-être pas de simplifier l’arabe, de remplacer le français ou d’opposer la darija au tamazight. Il est de sortir du flou.

Une nation plurilingue peut parfaitement être cohérente. À condition que son plurilinguisme ne soit pas une loterie sociale.

C’est peut-être cela, au fond, l’honnêteté linguistique : ne plus laisser les familles compenser, seules, ce que le système devrait garantir à tous.

Par Meriem SMIDI
7 Comments
Un citoyen
1 mois il y a

Le calcul est très simple à faire. De nos jours, si nous souhaitons accéder à des informations encore plus précises et riches, c’est l’anglais que nous devons utiliser. C’est l’anglais qui, actuellement (et comme jadis l’arabe), domine les sciences. Les sciences au niveau international sont échangées en anglais. Le répertoire anglais est immense car il est fourni par quasiment tous les pays de la planète. Même un français en France y est contraint.

L’arabe est essentiel parce que c’est l’arabe qui a donné naissance aux nombreuses sciences essentielles et très utilisées de nos jours. Parler et écrire l’arabe, c’est plonger dans la source du savoir et des connaissances modernes. C’est également avoir la capacité de déméler le vrai du faux. C’est avoir la possibilité de puiser à la source pour inventer de nouvelles sciences, de nouveaux modèles, en d’autres termes, avoir la capacité à créer face à ce qui domine actuellement : l’innovation. Et bien d’autres choses encore.

Le reste est quasi inutile en réalité. Le français, c’est uniquement parce que la francophonie est vivante à cause justement du fait que des pays comme le Maroc le pratique. C’est un artefact de l’empire français et de la colonisation. Il est intéressant pour avoir une meilleure vision de ce qui se fait au sein de la francophonie. Mais il est en déclin sévère.

Quant à l’amazighe, il est pour moi inutile. Écriture inventée, récente, pauvre, sans grande utilité que écrire le parlé local. C’est partir de zéro. Bonne chance à ceux qui y tiennent affectivement.

Le reste des langues pratiquées comme l’espagnol ou le portugais ou autre permet d’ouvrir la porte à des locuteurs uniquement quand des opportunités professionnelles se présentent, mais avec un intérêt moindre que l’anglais ou ce qu’on appelle en Angleterre : le globish.

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Taoufik
1 mois il y a

La clarification peut se réaliser en conférant un statut légal aux langues choisies et pratiquées par les citoyens. Il est désormais établi que l’arabe et l’amazigh sont les langues officielles inscrites dans la constitution. Mais la pratique quotidienne décrit une autre réalité qui est bien restituée dans l’article. Serait-il une hérésie de conférer aux autres langues internationales le statut de langues de travail. Ce qui dans la réalité le cas surtout pour le français. Et, la darija le statut de langue nationale et d’encadrer leur usage à toutes ces langues autres qu’officielles. Ce n’est pas simple mais original et innovant pour un Maroc qui se projette comme un hub intercontinental.

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Un citoyen
1 mois il y a
Répondre à  Taoufik

Avez-vous déjà entendu quelqu’un rouspéter ou manifester pour la reconnaissance officielle de la darija ? Non, et c’est très bien de laisser cet argot cantonné. Je souhaite plutôt que la darija disparaisse, parce que ce sera le signe d’une alphabétisation complète du Maroc.

Pour votre proposition concernant les « langues du travail ». C’est juste une blague de mauvais goût. Une arrièration culturelle de plus.

Pour l’Amazighe, même si la constitution le reconnait, personnellement je la vois comme le début d’un grave problème éthnique fabriqué à venir. Et ceci, parce que je connais très bien la haine de l’arabe, de plus en plus visible, de certains activistes pour cette écriture récemment inventée et également néo-langue en réalité.

Ce que vous proposez est une dislocation du Maroc, et une vassalisation linguistique, prémice de la disparition de son homogénéité culturelle.

Si vous voulez savoir comment ça ve se finir, lisez l’histoire de France quand il s’est agit de renforcer sa culture, sa langue, pour ensuite la porter internationalement. Cela a nécessité des massacres de populations afin de les forcer à ranger leurs langues dans les tiroirs de la tradition et faire nation à travers une langue commune unique via une école d’état pour tous. Et je peux citer plusieurs pays encore.

Décidément, le Maroc est encore colonisé via des esprits encore sous domination coloniale et sournoisement attaqué via une propagande savamment orchestrée pour y instiguer la désunion.

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Mohcine
1 mois il y a

Ce débat risque vite de devenir obsolète avec les progrès de l’IA et son accessibilité croissante, même chez les moins favorisés (petit à petit en tout cas, mais la tendance est forte).

De fait, quand vous souhaitez vous informer, aujourd’hui, peu importe la langue source de l’information et la votre. La traduction est instantanée et de qualité. Et nous n’en sommes qu’au début.

Reste la pratique orale. Ici, inutile -à mon sens- de chercher à lutter (d’autres nations plus puissantes que le Maroc en termes de rayonnement s’y sont cassé les dents) : l’anglais domine tous les secteurs et comme la journée d’un étudiant ne compte que 24h et que cela n’est pas prêt de changer, il a tout à gagner à concentrer ses efforts linguistiques vers cette langue. Puis si 2ème langue nécessaire, les dominantes suivantes, espagnole, français, …

Biensur cela peut être regrettable tellement une langue porte en elle et véhicule les richesses d’une culture.

Mais le pragmatisme est de mise… adaptation avant tout dans un monde dominé par certains, qu’on le veuille ou non.

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Bouayed El Aloui Kamar
1 mois il y a

Parler plusieurs langues est une richesse ! Oui bien sûr pour notre pays maîtriser la langue arabe est indispensable mais aussi apprendre d’autres langues à l’école tels que français, anglais ou autres est un atout,
Avant les années 80, depuis le primaire on enseignait l’arabe et le français, les élèves maîtrisaient parfaitement ces deux langues et grâce à ça, toute cette génération les portes leur étaient ouvertes pour trouver rapidement un travail, quarante années après on remarque l’arabisation n’a rien produit on remarque plusieurs chômeurs, éducation zéro, l’incivisme, des voyous, la pauvreté etc… Un gâchis comme si cette jeunesse ne comptait pas. C’est le parti Istiqlal qui avait exigé cette arabisation pour le peuple quant à leur enfants ils les avaient placés dans écoles françaises.
C’est une injustice.

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Un citoyen
1 mois il y a
Répondre à  Bouayed El Aloui Kamar

Vous m’avez fait rire. Comment résussissez-vous à arabiser un pays arabe ?

Je suis entièrement d’accord vous. Tant que les élites marocaines restent en partie colonisées dans leur esprit, la société marocaine ne créera rien de suffisamment grand qui puisse définitivement propulser le Maroc dans la bal des grandes nations. On voit bien la nécrose que la langue française apporte au pays, rien n’avance parce que c’est la langue privilégiée des élites marocaines. Ils devraient s’aérer un peu l’esprit et évacuer le français, cela leur ferait un grand bien.

Au lieu de créer un nation forte capable d’innover et de créer, ils nous pondent des panneaux à trois langues, une ratatouille linguistique nationale, et une sorte d’ultra-libéralisme à fiscalité communiste.

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Jonathan
29 jours il y a

Votre capacité à apprendre des langues est une véritable force. Votre aisance avec les langues est un atout majeur culturellement et dans le monde du travail. Ça développe aussi le cerveau. Ce qui m’attriste est que non seulement le darija est peu valorisé, il est généralement dénigré, or c’est la langue maternelle d’une écrasante majorité du peuple.

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