Il convient d’abord de souligner, à l’heure où le Maroc nourrit de grandes ambitions dans ce Mondial 2026, qu’il est essentiel de retrouver une certaine modestie, aussi bien chez les joueurs que chez le sélectionneur Mohamed Ouahbi et une partie des supporters, déjà convaincus que les Lions de l’Atlas sont sur le toit du monde.
Faut-il rappeler que si le Maroc avait conquis le cœur de la planète football lors de l’épopée de 2022, c’était en grande partie grâce à l’effet de surprise créé par une équipe restée humble, disciplinée et profondément respectueuse de chacun de ses adversaires ? En gardant les pieds sur terre, les Lions avaient gagné non seulement des matchs, mais aussi l’admiration du monde entier. Cette humilité leur avait valu un immense capital de sympathie, bien avant leurs exploits sportifs et leur formidable médiatisation.
Aujourd’hui, le sentiment qui domine est malheureusement différent. Sous l’influence parfois trompeuse et excessive des réseaux sociaux, de nombreux Marocains semblent succomber à une forme de triomphalisme. Certains donnent l’impression de se croire plus forts qu’ils ne le sont réellement, au point d’imaginer, dès une qualification pour les huitièmes de finale, une présence assurée en finale, voire un sacre mondial face aux plus grandes nations du football.
Certes, les Lions de l’Atlas figurent désormais parmi les meilleures sélections de la planète. Certes, ils disposent d’un effectif talentueux, d’une génération prometteuse et d’un sélectionneur dont le travail est unanimement salué. Mais entre nourrir de grandes ambitions et tomber dans le nombrilisme, la frontière est mince. Se considérer déjà comme l’équipe la plus redoutée, la favorite naturelle ou celle que tout le monde craint reviendrait à confondre le rêve avec la réalité.
C’est précisément dans cette phase délicate qu’un coach mental pourrait devenir un atout majeur. Son rôle ne serait pas seulement de préparer les joueurs à gérer la pression des matchs à élimination directe, mais aussi de les aider à préserver leur humilité, leur lucidité et leur équilibre émotionnel. L’excès de confiance est parfois aussi dangereux que le manque de confiance.
La question mérite donc d’être posée : la Fédération royale marocaine de football a-t-elle envisagé d’intégrer un spécialiste de la préparation mentale au sein du staff ? Ou préfère-t-elle s’appuyer uniquement sur les remarquables qualités de pédagogue et de formateur de Mohamed Ouahbi, qui a déjà conduit les Lionceaux au sommet mondial chez les moins de 20 ans ?
Le sélectionneur lui-même saura-t-il préserver cette culture de l’humilité qui a fait la force du football marocain ces dernières années ? Parviendra-t-il à maintenir ses joueurs concentrés, sereins et respectueux de leurs adversaires jusqu’au bout de la compétition ?
Car, dans une Coupe du monde, le talent ouvre les portes, mais c’est souvent la force mentale, la maîtrise des émotions et l’humilité qui permettent d’aller au bout du rêve.
Par Jalil Nouri












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