Le Maroc sait faire rayonner ses sportifs, ses artistes et ses créateurs. Mais sur les podiums des grandes maisons de luxe et dans les pages des magazines internationaux, une question demeure : pourquoi le Royaume ne parvient-il pas à faire émerger, depuis son propre territoire, davantage de figures du mannequinat mondial ?
Il serait pourtant inexact de parler d’une absence de talents d’origine marocaine. La Britannico-Marocaine Nora Attal s’est imposée dans les défilés et les campagnes de grandes maisons, notamment Chanel. Imaan Hammam, née aux Pays-Bas et d’origines marocaine et égyptienne, a également acquis une reconnaissance internationale. Ces parcours montrent que les visages liés au Maroc ont toute leur place dans cet univers particulièrement sélectif. Ils invitent surtout à s’interroger sur les passerelles offertes aux jeunes qui commencent leur carrière dans le Royaume.
Le problème ne saurait donc être réduit à une question de physique. Les critères des castings varient selon les maisons, les collections et les marchés. Une carrière se construit aussi grâce à une agence solide, un portfolio convaincant, une maîtrise des langues, une disponibilité pour les déplacements et, surtout, un accès aux professionnels qui décident des recrutements.
C’est sur cette chaîne d’accompagnement que devrait porter la réflexion. Des agences exercent bien au Maroc et certaines proposent un suivi personnalisé ainsi que la constitution de portfolios. Leur présence ne permet donc pas de conclure à un désert professionnel. En revanche, elle pose une question essentielle : comment transformer le repérage local en contrats réguliers et en carrières internationales durables ?
La formation constitue un premier levier. Défiler, travailler devant un objectif, comprendre un contrat, négocier ses droits à l’image et gérer son activité sont des compétences professionnelles. À cela s’ajoutent les dépenses de lancement : séances photographiques, déplacements, hébergement et démarches administratives. Sans accompagnement, ces coûts peuvent fermer la porte à des candidats prometteurs, mais dépourvus de moyens.
Le regard social mérite également d’être interrogé. Pour rassurer les familles et attirer les talents, la profession gagnerait à rendre ses pratiques plus lisibles : contrats transparents, commissions clairement annoncées, protection des jeunes et prévention du harcèlement. La crédibilité d’une filière dépend autant de ses débouchés que de la confiance qu’elle inspire.
L’enjeu dépasse d’ailleurs la réussite individuelle de quelques mannequins. Une filière structurée pourrait créer des opportunités pour les photographes, stylistes, maquilleurs, coiffeurs et producteurs d’images. Des partenariats entre agences marocaines et étrangères, des castings professionnels et des rencontres avec les directeurs de casting offriraient des perspectives plus concrètes que la seule multiplication des événements mondains.
Le caftan représente un formidable patrimoine et une porte d’entrée vers la reconnaissance internationale. Il peut aussi servir de tremplin à une ambition plus large, associant création contemporaine, savoir-faire artisanal et nouveaux visages.
Le Maroc possède une identité visuelle forte. Pour en faire un instrument supplémentaire de son rayonnement, il lui reste à mieux relier ses talents aux circuits mondiaux de la mode. Le potentiel existe ; l’enjeu est de lui ouvrir une véritable trajectoire professionnelle.












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