L’été, autrefois synonyme de pleine activité pour les salles de fêtes et les traiteurs, ne tient plus ses promesses. Alors que juillet touche à sa fin, les professionnels du secteur dressent un constat préoccupant : la saison estivale, traditionnellement la plus lucrative de l’année, est marquée par un net recul des réservations, conséquence d’une baisse continue des mariages et d’une profonde évolution des habitudes des ménages marocains.
Selon les représentants des professionnels des salles de réception, le taux de réservation ne dépasse désormais plus 50 % des capacités disponibles, un niveau bien inférieur aux standards enregistrés avant la crise sanitaire. Les carnets de commandes, autrefois remplis plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l’avance, peinent désormais à se garnir.
Cette situation n’épargne pas les traiteurs, qui figurent parmi les premières victimes de cette conjoncture. Étroitement dépendants des mariages et des grandes célébrations familiales, ils voient leur activité se contracter à mesure que les cérémonies se raréfient ou sont organisées dans des formats plus modestes.
Le phénomène est d’autant plus marquant que le mois d’août, historiquement considéré comme le sommet de la saison pour les traiteurs, ne joue plus son rôle de locomotive. Les professionnels constatent qu’il est devenu un mois particulièrement calme. De nombreuses familles préfèrent désormais consacrer leur budget estival aux vacances et aux voyages, plutôt qu’à l’organisation de grandes réceptions. Les Marocains résidant à l’étranger, qui constituaient autrefois une clientèle essentielle pour les mariages estivaux, modifient eux aussi leurs habitudes depuis la pandémie de Covid-19.
À cette évolution des comportements s’ajoute une baisse sensible du nombre de mariages, sous l’effet conjugué des difficultés économiques, de la hausse du coût de la vie et des transformations sociales que connaît le pays. Les jeunes retardent davantage leurs projets matrimoniaux, tandis que les familles privilégient des cérémonies plus simples et moins coûteuses.
Ali Zouhri, vice-président de la Fédération marocaine des propriétaires et gestionnaires de salles de fêtes et porte-parole de l’organisation, pointe également du doigt une concurrence qu’il juge déloyale. Selon lui, un nombre croissant de familles choisissent désormais d’organiser leurs réceptions dans des villas privées plutôt que dans des salles de fêtes agréées. Une pratique qui, estime-t-il, s’effectue souvent sans le respect des normes légales et réglementaires en vigueur, privant ainsi les professionnels d’une part importante de leur clientèle et accentuant les difficultés économiques d’un secteur déjà fragilisé.
Face à la baisse de la demande, certains exploitants n’ont d’autre choix que de diversifier leurs activités en accueillant des expositions, des manifestations culturelles ou des événements professionnels afin de limiter leurs pertes. Une situation qui aurait été inimaginable il y a encore quelques années, en pleine saison estivale.
Les conséquences sociales sont également importantes. Au-delà des propriétaires de salles et des traiteurs, ce ralentissement affecte l’ensemble de la chaîne des métiers de l’événementiel : serveurs, cuisiniers, décorateurs, fleuristes, photographes, animateurs, musiciens, agents de sécurité ou encore personnels techniques voient leur volume de travail diminuer.
Les professionnels estiment que le secteur n’a toujours pas retrouvé son niveau d’activité d’avant la pandémie. Entre les séquelles économiques de la crise sanitaire, l’évolution des modes de consommation et le recul des mariages, la reprise tarde à se concrétiser. Tous espèrent désormais une amélioration progressive, mais reconnaissent que le retour à la normale pourrait encore prendre plusieurs années.
En attendant un véritable redémarrage de l’activité, les traiteurs professionnels continuent de faire preuve d’une remarquable résilience. Malgré la baisse du chiffre d’affaires et la raréfaction des événements, nombre d’entre eux s’efforcent de préserver leurs équipes, assumant des charges salariales de plus en plus lourdes afin d’éviter des licenciements qui aggraveraient davantage la situation sociale. Pour ces entreprises, souvent familiales, il s’agit d’un choix difficile mais assumé : maintenir les emplois, honorer leurs engagements envers leurs collaborateurs et préserver un savoir-faire construit au fil des années. Tous gardent l’espoir que le retour progressif des célébrations et une reprise durable de l’activité permettront au secteur de retrouver son dynamisme d’antan et de tourner enfin la page de plusieurs années de turbulences.












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