Le message adressé par Rabat à Madrid dépasse largement la dernière polémique autour de Ceuta. Derrière la fermeté inhabituelle du communiqué marocain se dessine une véritable ligne rouge : le Maroc refuse désormais que sa relation avec l’Espagne soit utilisée comme une variable de la politique intérieure espagnole.
C’est la lecture qu’en fait l’universitaire maroco-américain Mohammed Daadaoui. Pour cet expert des questions politiques, Rabat vient d’adresser à son voisin du Nord un avertissement particulièrement direct : les dossiers bilatéraux, aussi sensibles soient-ils, ne sauraient être instrumentalisés pour engranger quelques bénéfices électoraux ou détourner l’attention des difficultés politiques internes espagnoles.
Le constat touche à l’un des points faibles récurrents de la relation entre les deux pays.
À Madrid, le Maroc revient régulièrement au cœur des batailles entre majorité et opposition. Migration, Ceuta et Melilla, Sahara ou coopération sécuritaire deviennent alors autant de sujets sur lesquels les partis espagnols s’affrontent, avec le risque permanent de transformer une relation stratégique entre deux États en argument de campagne électorale.
C’est précisément cette logique que Rabat semble aujourd’hui vouloir stopper.
LA GÉOGRAPHIE NE CHANGERA PAS
Un passage du communiqué marocain prend, à cet égard, une importance particulière : celui consacré à la réalité géographique.
Mohammed Daadaoui y voit un message stratégique.
Le Maroc et l’Espagne resteront voisins. Aucun changement de gouvernement, aucune campagne électorale et aucune crise diplomatique ne modifieront cette évidence.
Mais si la géographie est immuable, la qualité de la relation ne l’est pas.
Elle dépend des choix politiques effectués des deux côtés du détroit.
Avec de la confiance et une vision à long terme, cette proximité exceptionnelle peut constituer un formidable accélérateur de coopération économique, sécuritaire et humaine. Sans cette maturité, elle peut au contraire devenir une fabrique permanente de crises.
L’histoire récente l’a déjà démontré.
Après la grave crise diplomatique de 2021, Rabat et Madrid avaient réussi à reconstruire leur relation sur de nouvelles bases. La rencontre du 7 avril 2022 entre Mohammed VI et Pedro Sánchez avait consacré une nouvelle étape fondée notamment sur la confiance, le respect mutuel, la concertation et l’ambition d’un partenariat durable.
Quatre ans plus tard, le Maroc semble précisément demander à l’Espagne de ne pas sacrifier cet acquis sur l’autel de ses querelles politiques internes.
UN MESSAGE QUI DÉPASSE PEDRO SÁNCHEZ
Et c’est probablement là que réside la véritable portée de la mise au point marocaine.
Le message ne concerne pas uniquement Pedro Sánchez. Il s’adresse aussi à l’opposition et, au-delà, à ceux qui seraient appelés demain à gouverner l’Espagne.
Rabat veut une relation d’État à État, suffisamment solide pour survivre aux alternances politiques et aux campagnes électorales.
En d’autres termes, le voisinage est une fatalité géographique. L’amitié, la confiance et le partenariat sont, eux, des constructions politiques.
À Madrid de choisir ce qu’elle veut faire de sa proximité avec le Maroc.












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