Dans une tribune publiée par El País, l’écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun compare les relations entre le Maroc et l’Espagne à celles d’un vieux couple : les disputes peuvent être violentes, mais la séparation demeure presque impossible. Au-delà de l’image littéraire, la géographie, l’économie et les intérêts stratégiques condamnent effectivement les deux royaumes à rechercher continuellement un compromis.
Quatorze kilomètres seulement séparent l’Afrique de l’Europe au point le plus étroit du détroit de Gibraltar. Cette proximité transforme chaque crise en risque partagé. Immigration irrégulière, terrorisme, trafics, sécurité maritime ou incendies : aucun de ces défis ne peut être maîtrisé durablement par Madrid sans la coopération de Rabat. Inversement, l’Espagne constitue pour le Maroc une porte essentielle vers l’Union européenne.
L’interdépendance économique rend également toute confrontation suicidaire. L’Espagne est le premier partenaire commercial du Royaume, avec des échanges dépassant 22,5 milliards d’euros par an. Plus de 6.000 entreprises espagnoles exportent régulièrement vers le Maroc et plusieurs centaines y sont durablement implantées. Une rupture frapperait les ports, les transporteurs, l’agriculture, l’industrie automobile et des milliers d’emplois sur les deux rives.
À cela s’ajoutent les liens humains. La communauté marocaine est la plus importante population étrangère d’Espagne et représente déjà quelque 335.000 cotisants à la Sécurité sociale espagnole. Les familles, les travailleurs saisonniers, les étudiants et les binationaux forment un véritable pont humain qu’aucune tension diplomatique ne peut effacer.
Une guerre paraît donc politiquement irrationnelle et économiquement désastreuse. Elle placerait en outre Madrid, membre de l’Union européenne et de l’OTAN, devant une crise majeure avec un partenaire central de l’Occident en Afrique. Le Mondial 2030, organisé conjointement avec le Portugal, impose au contraire des années de coordination dans les transports, la sécurité et les infrastructures.
Le symbole le plus spectaculaire de ce destin commun reste le projet de liaison ferroviaire fixe sous le détroit. Il ne s’agit pas encore d’un pont construit, mais d’un tunnel toujours à l’étude, appelé à relier physiquement les deux continents.
Sebta et Melilia, le Sahara ou les migrations continueront certainement de provoquer des secousses. Mais Rabat et Madrid n’ont pas le luxe de transformer leurs désaccords en hostilité permanente. Entre eux, la paix n’est pas seulement un choix diplomatique : elle est une nécessité géographique et une obligation stratégique.












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Allez l’expliquer aux extrêmistes espagnols et leurs partis politiques pour essayer de les raisonner. Mais je crains que s’ils essayent, ils risquent de s’étouffer avec leur haine xénophobe.