Après avoir jugé que la précédente formule à 32 équipes ne générait plus suffisamment de recettes, la FIFA a décidé de porter le nombre de participants à 48 dès l’édition 2026. Mais l’appétit venant en mangeant, l’instance mondiale du football envisage désormais un nouveau bond en avant avec une Coupe du monde à 64 équipes en 2030, dont une partie se déroulera au Maroc. Un pari colossal, mais aussi un véritable saut dans l’inconnu.
« Trop de football tue le football », dit un adage bien connu. N’est-ce pas précisément ce qui menace aujourd’hui le sport le plus populaire de la planète ? Avec une compétition organisée sur plusieurs pays, des milliers de kilomètres à parcourir, un calendrier toujours plus chargé, des températures parfois extrêmes et un enchaînement incessant de rencontres, le risque est grand de voir le spectacle perdre en intensité. À vouloir toujours ajouter davantage de matchs, ne finit-on pas par banaliser ce qui faisait justement la rareté et la magie de la Coupe du monde ?
Le prestige du Mondial reposait aussi sur son caractère exceptionnel. Chaque qualification relevait de l’exploit, chaque rencontre avait un parfum d’événement. En multipliant les places disponibles, la FIFA ouvre certes la porte à de nouvelles nations, mais elle réduit mécaniquement le niveau moyen de la compétition lors du premier tour. Les écarts entre certaines sélections pourraient se creuser, donnant lieu à des rencontres déséquilibrées, moins attractives pour les supporters comme pour les diffuseurs.
Le Maroc, qui sera coorganisateur de l’édition 2030 avec l’Espagne et le Portugal, poursuit à un rythme soutenu la construction de nouveaux stades, la modernisation des infrastructures, des réseaux ferroviaires, des aéroports et des équipements touristiques. Pourtant, comme ses partenaires ibériques, il avance sans connaître précisément le format définitif de la compétition. Combien de groupes ? Combien de matchs ? Combien de villes hôtes ? Quelle répartition des rencontres entre les trois pays ? Autant de questions essentielles qui demeurent sans réponse.
Tout semble se décider dans les cercles restreints de la FIFA, loin des préoccupations des pays organisateurs, pourtant premiers concernés par les investissements financiers et humains considérables qu’exige une telle compétition. Les gouvernements, les collectivités territoriales et les entreprises engagées dans les préparatifs doivent avancer sans disposer d’une visibilité suffisante, ce qui complique inévitablement la planification.
À ces incertitudes s’ajoutent les défis logistiques. Un Mondial à 64 équipes signifierait davantage de délégations, davantage de supporters, davantage de besoins en hébergement, en sécurité, en transports, en santé, en bénévoles et en infrastructures numériques. Il faudrait également mobiliser un nombre beaucoup plus important d’agents de sécurité, de personnels médicaux, de services de nettoyage et de transport public. Pour les pays organisateurs, la facture pourrait rapidement s’alourdir.
La question environnementale ne peut pas non plus être ignorée. Alors que toutes les grandes organisations sportives affichent désormais des ambitions de neutralité carbone, l’augmentation du nombre de participants et des déplacements internationaux risque de produire l’effet inverse. Plus d’équipes, plus de vols, plus d’hôtels, plus de consommation énergétique : le bilan écologique d’un Mondial XXL soulève de nombreuses interrogations.
Les premiers concernés restent néanmoins les joueurs. Les meilleurs internationaux disputent déjà près de soixante-dix matchs par saison entre leurs clubs et leurs sélections. Ajouter encore des rencontres lors de la plus prestigieuse des compétitions mondiales accroît les risques de blessures, de fatigue chronique et de baisse de qualité du spectacle. Plusieurs entraîneurs et syndicats de joueurs alertent d’ailleurs depuis plusieurs années sur cette surcharge du calendrier.
Personne ne conteste la volonté de démocratiser le football mondial en offrant davantage de chances aux nations émergentes. Cette ouverture constitue même une avancée appréciable. Mais elle ne doit pas se faire au détriment de l’excellence sportive, de la qualité du spectacle et de la capacité des pays hôtes à organiser sereinement l’événement.
Le Maroc, l’Espagne et le Portugal ont accepté un défi historique et se préparent avec détermination à accueillir l’une des plus grandes Coupes du monde de l’histoire. Encore faudrait-il que la FIFA leur offre rapidement une feuille de route claire. Car organiser un Mondial ne peut se faire dans le flou, au gré des réflexions d’une instance qui semble parfois davantage guidée par les perspectives de recettes commerciales que par les réalités du terrain.
À force de vouloir toujours plus — plus d’équipes, plus de matchs, plus de revenus, plus de diffuseurs — la FIFA prend le risque de fragiliser ce qui fait depuis près d’un siècle la grandeur de la Coupe du monde : son prestige, son intensité et son caractère exceptionnel. En matière de football comme ailleurs, la quantité ne remplacera jamais la qualité.
Par Jalil Nouri












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« Tout semble se décider dans les cercles restreints de la FIFA, loin des préoccupations des pays organisateurs, pourtant premiers concernés par les investissements financiers et humains considérables qu’exige une telle compétition. »
Content de lire cette fameuse phrase, dans tous les domaines et dans tous les pays du monde, ça se fait comme ça depuis le début des années 90, d’ou le bordel qu’on vit aujourd’hui un peu partout et dans tous les domaines sans distinction aucune, voyons l’état de la santé, du travail, des voyages, des imports exports, des relations entre administrations du même pays, en relations internationales, les finances, les politiques familiales, le social, les responsabilités, les élections….
Tout et aucune exception n’est à retenir.
Pourquoi donc pas chez la FIFA, au moins elle le mérite d’aborder le sujet.
A 48 équipes aux phases finales c’est dejà la goutte qui a fait deborder le vase du dégout.
Avec 64 ,et avec toutes ces peripeties politico-arbitrales , plutôt arbitraires qui ira certainement mieux, un tournois de quartier ou ramadanesque serait vivement et notoirement plus interessant à suivre