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MRE : des milliards de dirhams transférés au Maroc, mais toujours pas d’urnes à l’étranger

août 9, 2026
in ACTUALITÉS, Les Informations, Maroc, MRE, Politique
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Ils sont plus de six millions à vivre aux quatre coins du monde. Ils transfèrent chaque année des sommes considérables vers le Royaume, investissent dans l’immobilier, soutiennent leurs familles, créent des entreprises et constituent, chaque été, l’un des moteurs de l’activité touristique. Pourtant, lorsque vient le moment d’accomplir l’un des actes les plus symboliques de la citoyenneté, le vote, les Marocains résidant à l’étranger restent confrontés à une singularité difficile à expliquer : ils ne peuvent toujours pas, dans leur pays de résidence, déposer eux-mêmes leur bulletin dans une urne.

La nouvelle procédure électronique de procuration électorale constitue certes une simplification administrative appréciable. Mais elle ne règle absolument pas la question essentielle.

Elle modernise l’outil. Elle ne change pas le principe.

À compter du 24 août, selon la procédure annoncée début août, les Marocains résidant à l’étranger pourront effectuer électroniquement les démarches permettant d’établir leur procuration. Le déplacement nécessaire pour remplir le formulaire disparaît donc en partie au profit d’une procédure dématérialisée.

Une évolution bienvenue à l’heure de la digitalisation des services publics, mais qui laisse intacte une question autrement plus importante : pourquoi un Marocain vivant à Paris, Madrid, Bruxelles, Amsterdam, Montréal ou Pékin doit-il encore confier à une autre personne le soin d’exprimer électoralement son choix ?

PLUS DE SIX MILLIONS DE MAROCAINS CONCERNÉS

La question est loin d’être marginale.

Selon les données officielles publiées sur le portail consacré aux Marocains résidant à l’étranger, plus de 6,1 millions de MRE vivent actuellement à travers le monde.

Leur importance économique n’est plus à démontrer. Les transferts effectués par les Marocains du monde ont dépassé 122 milliards de dirhams en 2025, confirmant une nouvelle fois leur rôle majeur dans l’économie nationale.

À cela s’ajoutent les investissements immobiliers, les dépenses effectuées lors des séjours au Maroc, les créations d’entreprises, l’épargne déposée dans les banques nationales et, plus généralement, les innombrables liens économiques entretenus quotidiennement avec le pays.

Tout au long de l’année, les établissements bancaires leur proposent des produits spécifiques. Les promoteurs immobiliers organisent des campagnes à leur intention. Les administrations multiplient les initiatives destinées à simplifier leurs démarches. Des dispositifs particuliers sont mis en place pour leurs investissements et leurs transferts.

Et lorsque vient l’été, le Maroc déploie une impressionnante organisation pour accompagner leur retour.

Autrement dit, la distance géographique n’empêche nullement le Royaume de maintenir une relation économique et administrative permanente avec ses ressortissants établis à l’étranger.

Pourquoi deviendrait-elle soudainement un obstacle lorsqu’il s’agit de voter ?

DES MRE ÉCONOMIQUEMENT PROCHES, ÉLECTORALEMENT LOINTAINS

C’est là que réside le paradoxe.

Le MRE peut gérer son compte bancaire depuis l’étranger, acquérir un appartement au Maroc, transférer son argent en quelques secondes, effectuer de nombreuses démarches administratives à distance et participer à la vie économique nationale.

Mais pour accomplir personnellement son devoir électoral, il doit encore passer par un intermédiaire présent au Maroc.

La modernisation de la procuration améliore donc les modalités d’un système sans résoudre sa faiblesse fondamentale.

Car voter n’est pas une formalité administrative comme une autre.

Le vote constitue un acte personnel. L’électeur se présente devant un bureau, son identité est vérifiée, il choisit son bulletin dans le secret de l’isoloir et le dépose lui-même dans l’urne.

La procuration est précisément conçue comme une exception permettant de répondre à certaines situations particulières. Lorsqu’elle devient la principale solution proposée à toute une catégorie de citoyens vivant à l’étranger, la question change de dimension.

Elle devient politique.

L’ALGÉRIE ET LA TUNISIE ONT INSTALLÉ DES URNES À L’ÉTRANGER

L’argument des difficultés logistiques mérite également d’être relativisé au regard des expériences de pays voisins.

Lors de l’élection présidentielle algérienne de septembre 2024, 865.490 électeurs algériens établis à l’étranger étaient appelés à participer au scrutin. L’opération avait été organisée à travers 117 bureaux de vote relevant des représentations consulaires algériennes.

Mieux encore : le vote à l’étranger avait débuté plusieurs jours avant le scrutin organisé en Algérie afin de tenir compte des contraintes particulières rencontrées par la diaspora.

La Tunisie a également organisé le vote de ses ressortissants à l’étranger pour la présidentielle d’octobre 2024.

Les chiffres officiels de l’Instance supérieure indépendante pour les élections faisaient état de 642.810 électeurs inscrits hors du territoire tunisien.

Pour faciliter davantage leur participation, l’autorité électorale avait autorisé les Tunisiens se trouvant à l’étranger à voter dans le centre de vote le plus proche, sur présentation de leur carte d’identité nationale ou de leur passeport.

Ces exemples ne signifient évidemment pas que les systèmes électoraux algérien, tunisien et marocain sont juridiquement identiques.

Ils démontrent néanmoins une chose essentielle : organiser matériellement le vote d’une diaspora depuis l’étranger est possible.

POURQUOI PAS DANS LES CONSULATS MAROCAINS ?

Le Maroc possède un important réseau diplomatique et consulaire, particulièrement dense dans les pays accueillant les communautés marocaines les plus importantes.

Il dispose également aujourd’hui de moyens numériques autrement plus performants qu’il y a vingt ans.

Dès lors, pourquoi ne pas envisager des bureaux électoraux dans les consulats et, lorsque les concentrations de Marocains l’exigent, des centres supplémentaires spécialement aménagés ?

Une telle réforme nécessiterait naturellement une préparation considérable : listes électorales fiables, sécurisation du scrutin, contrôle de l’identité, organisation matérielle des bureaux, acheminement et dépouillement des bulletins, présence d’observateurs et de représentants des candidats ou des partis.

Personne ne prétend que l’opération serait simple.

Mais la véritable question n’est plus de savoir si elle est simple.

Elle est de savoir si elle est possible et souhaitable.

Les expériences étrangères montrent qu’elle est techniquement réalisable.

UNE QUESTION QUI DÉPASSE LA SEULE PROCURATION

Le débat devrait d’ailleurs aller encore plus loin.

Permettre aux MRE de voter directement depuis l’étranger poserait immédiatement une seconde question : celle de leur représentation politique.

Faut-il simplement permettre aux citoyens inscrits dans une circonscription marocaine de voter depuis leur pays de résidence ? Faut-il créer des circonscriptions électorales de l’étranger ? Faut-il réserver un nombre déterminé de sièges aux Marocains du monde ?

Ces choix méritent un véritable débat national.

Car permettre à plusieurs millions de Marocains vivant hors du Royaume de participer plus directement aux élections pourrait également contribuer à renforcer leur attachement institutionnel au pays, notamment celui des deuxième et troisième générations.

Un jeune Marocain né à Bruxelles, Madrid ou Amsterdam peut entretenir un lien affectif extrêmement fort avec le Maroc tout en ayant parfois peu de relations avec ses institutions politiques.

Lui permettre de participer directement à une élection serait aussi une manière de transformer cette appartenance en citoyenneté active.

LE MAROC A CHANGÉ, SA DIASPORA AUSSI

Le Maroc de 2026 n’est plus celui d’il y a vingt ou trente ans.

Sa diaspora non plus.

Les Marocains du monde sont entrepreneurs, médecins, chercheurs, ingénieurs, commerçants, étudiants, salariés, sportifs, artistes ou cadres dans les pays où ils résident. Certains sont même engagés dans la vie politique de leurs pays d’accueil.

Le paradoxe devient alors saisissant : certains citoyens marocains peuvent participer directement à une élection dans leur pays de résidence mais doivent recourir à une procuration pour prendre part au scrutin de leur pays d’origine.

Ce décalage mérite d’être interrogé.

Il ne s’agit ni de contester l’utilité de la nouvelle plateforme ni de minimiser les progrès de la dématérialisation administrative.

Au contraire.

Faciliter la procuration est une bonne chose pour ceux qui souhaitent l’utiliser.

Mais présenter cette simplification comme l’aboutissement de la participation électorale des MRE serait insuffisant.

LE PROCHAIN CHANTIER DOIT ÊTRE POLITIQUE

Le véritable progrès serait désormais d’ouvrir un chantier beaucoup plus ambitieux : celui du vote direct des Marocains du monde depuis leurs pays de résidence.

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Avec plus de six millions de ressortissants établis hors du Royaume et des communautés particulièrement importantes en France, Espagne, Belgique, Italie, Pays-Bas ou encore au Canada, cette question ne peut éternellement demeurer secondaire.

Le Maroc sollicite les compétences de sa diaspora, encourage ses investissements, célèbre ses réussites, facilite ses transferts et déploie chaque année d’importants moyens pour l’accueillir.

Cette relation ne peut être uniquement économique, affective ou touristique.

Elle doit aussi être citoyenne.

La technologie peut faciliter une procuration. Elle peut même la rendre presque instantanée.

Mais elle ne remplacera jamais ce geste simple qui fonde la participation démocratique : entrer dans un bureau de vote, passer par l’isoloir et déposer personnellement son bulletin.

Après avoir modernisé la procuration, le prochain progrès serait donc beaucoup plus ambitieux. Installer les urnes.

Par M. Rouane

3 Comments
Nassiri
21 jours il y a

Le vote électronique à distance

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Un citoyen
21 jours il y a

Le Maroc s’inspirerait à étudier les différentes histoires des constructions étatiques étrangères.

Puisque la photo montre la tour Effeil, on va donner l’exemple de la France. Napoléon, qui a instauré la république, régime autoritaire, a imposé une nation, une langue, et l’école pour tous. Il a formé la jeunesse en lui donnant une mission : combattre pour la France. Il a ainsi donné une dynamique à toute l’Europe dont la face de nos jours est dûe à la vigueur du régime de Napoléon qui l’a profondément marquée et modifiée.

Quand on compare, toutes les nations ont plus ou moins dû avoir une rigueur pour éduquer le peuple. Les USA ont par exemple connu une longue période avant que l’anglais s’impose.

Une nation ne peut se stabiliser définitivement contre les pressions étrangères, monter, et rayonner que par l’éducation pour tous et une langue commune. Les entêtés n’ont qu’à pleurer dans leurs coins ou aller se faire voir. C’est la base. Le reste est du bavardage. Tant que l’organisation sociale n’est pas réalisée pour donner au pouvoir central les outils d’une diffusion étatique en impliquant le peuple dans un pacte social compris par tous, vous pourrez faire toutes les politiques que vous voulez, cela ne sera jamais suffisant. La dynamique de l’éducation est très importante à comprendre parce qu’elle ne se gouverne pas de manière immédiate ou instantanée.

On pourrait également prendre l’exemple de la Chine qui l’ont réalisé avec beaucoup moins de remous que la France ou les USA.

Jamais la démocratie n’a fait monter un peuple. Cela a toujours été des régimes autoritaires. Les votes ont toujours servis à l’élite, aux privilégiés, et servent de « soupapes ». À l’apogée d’une nation, la « démocratie » aide à la gestion tout au plus.

Mais attention, le préalable nécessaire à « une nation, une langue, l’école pour tous », sans quoi le Maroc irait au devant de graves problèmes, c’est la capacité du Maroc à former sa propre élite en interne. C’est-à-dire que cette élite doit être formée au sein d’écoles et d’universités marocaines qui ont fait l’effort d’intellectualiser le monde et les sciences pour créer des concepts et des paradigmes enracinés afin de résoudre les problématiques marocaines selon une méthodologie marocaine. C’est une fois fort de cette élite, que le Maroc pourra prétendre à une réelle montée en puissance tous azimuts qui servira tout le peuple.
Il faut bien comprendre la nécessite de ce préalable. Son utilité est de diffuser du savoir et des connaissances afin que les Marocains puissent être outillés pour résoudre les défis du monde contemporains sans se retrouver les idiots utiles des élites étrangères. C’est ce qui fait la marque de fabrique des nations qui ont une culture forte et dont le peuple est réputé internationalement.

Pour répondre à l’article, je crains que la solution ne se trouve pas parmi les « MRE ». Les impliquer est une bonne chose parce qu’historiquement la diaspora a toujours donner un fort vivier de compétences. Mais ces compétences doivent pouvoir s’exprimer pour s’enraciner et certainement pas comme des solutions prêtes à l’emploi. En cela, impliquer les « MRE » aidera les politiques à s’éveiller au monde parce qu’ils découvriront bien des réalités dont ils n’ont pas pris encore la mesure.

Si on me demandait comment je vois le Maroc dans le futur. Je répondrais au pire comme la Belgique dont la population est fragmentée à cause de la langue, au mieux une sorte de Danemark dont la population parle l’anglais quasiment naturellement. Et si je voulais flatter les égos, je réponderais comme une sorte de Luxembourg ou de Suisse qui parlent plusieurs langues. Mais certainement pas comme une sorte de France ou d’Allemagne. Et cette critique peut s’appliquer à tout les pays du Maghreb. À ce titre, je ne vois pas l’avenir du Maghreb comme les USA ni la Chine ou encore la Russie.

Puissiez-vous me comprendre.

Ceci dit, je ne suis pas devin, seul Dieu connaît l’avenir. Ce n’est que mon humble avis.

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Marocaine d’ici et d’ailleurs
20 jours il y a

Article très révélateur ou je me suis crue dans le film “retour vers le futur! “ Vous m’avez ramenez en 2007… avec exactement les mêmes arguments, les mêmes constats et les mêmes analyses. Et que s’est-il passé en 2007? Certe il est regrettable que vous n’en parliez pas car c’est un jalon qui mériterais un article… en 2007 le CCME a été créé suite à des rencontres de la diaspora et aux demandes de représentativités qui étaient légitimes. ( et vous reprenez ici exactement les mêmes régiments de l’époque) donc le CCME a été créer avec des représentants en poste pour 3 ans et qui avaient pour mandat de proposer au roi des solution pour permettre la représentativité politique des MRE. 19 ans après, nous sommes , comme dans le film “un jour sans fin” revenu à la même place à débatte et poser des constats qui sont parfaitement connus. Il serait temps maintenant d’avoir une réelle volonté politique de lettre en application le résultats de ces milliers d’heures de débats qui ont par ailleurs coûtés énormément d’argent, à coup de séminaires aux 4 coins du monde! D’ailleurs il serait intéressant de reprendre les résultats des travaux de ce CCME donc les membres nomes au départ ,pour une durée limité, son encore encore aujourd’hui membre de cette institution qui fait office d’écran de fumée permettant de justifier que “le maroc travaille pour sa communauté !” Cela fait 19 ans que ces membres sont en place… peu de politiques peuvent se targuer d’une telle longévité à un poste électif! (Encore une exception pour les MRE) La diaspora a changée et elle cette génération ne se contentera plus de regarder les débats et de juste croire à un changement! Ça c’était nous et nos parents.. les immigrants et leurs enfants de la 1 ère génération. Maintenant nous sommes rendus à 3-4-5 générations d’enfants nés à l’étranger et qui ne se contentent plus de promesses veines. Quand à la question de la faisabilité, on s’entend que si des pays africains, maghrébin, européens peuvent organiser des élections permettant à leur diaspora de voter à l’étranger dans les consulats ou par correspondances ou même électroniquement, le Maroc en a aussi les capacités… on peut difficilement envisager que si l’on est capable de se mesurer aux plus grands au foot, on en puisse pas le faire pour des élections!

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