Une expression prononcée au Parlement a fait basculer un débat sur la carte universitaire vers une controverse sur la dignité des personnes en situation de handicap. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Azzedine El Midaoui, a employé les termes « mariage mongolien » en répondant à une question sur la création d’une université dans la région de Drâa-Tafilalet.
Le responsable évoquait la répartition territoriale des établissements et les bénéfices académiques et sociaux de la mobilité étudiante. Mais la formule utilisée a suscité des critiques, ses détracteurs dénonçant une référence dévalorisante aux personnes ayant une trisomie 21.
La militante associative Samira Bakhti a notamment rappelé que la dignité humaine constitue une limite que le discours public ne saurait franchir. Elle reproche à cette expression de perpétuer des représentations anciennes, nourries de classifications raciales et de préjugés envers le handicap.
L’Organisation marocaine des droits des femmes en situation de handicap a également condamné les propos. Elle réclame des excuses officielles et publiques, ainsi qu’une intervention des instances parlementaires concernant la mention de cette expression dans le compte rendu de séance.
Pour l’organisation, la responsabilité est particulièrement forte lorsqu’il s’agit du ministre chargé de l’université, institution appelée à promouvoir le savoir, l’égalité et le respect de la diversité.
L’inclusion engage, en effet, directement le titulaire de ce portefeuille : il lui revient de permettre aux étudiants en situation de handicap d’accéder au savoir, de développer leurs capacités et de trouver pleinement leur place dans la communauté universitaire, à égalité avec les autres. Cette mission exige des locaux accessibles, des supports pédagogiques adaptés, un accompagnement approprié et des enseignants sensibilisés. Elle suppose également une parole qui conforte ces étudiants dans leur dignité et leur sentiment d’appartenance. Celui qui doit contribuer à lever les obstacles à leur parcours se doit d’être particulièrement attentif à ne pas renforcer, par ses expressions, les préjugés qui les fragilisent.
Au-delà de la polémique, cette affaire interroge la vigilance des responsables dans leur choix des mots. Une intention pédagogique ne suffit pas à effacer la portée blessante d’une comparaison.
Sans présumer d’une volonté d’offenser, reconnaître les effets d’une expression constitue un acte de responsabilité. La parole des personnes concernées et de leurs familles mérite, à cet égard, d’être entendue : elle permettrait de mesurer les blessures que peut provoquer la banalisation de certains termes. Une clarification du ministre, auquel il convient de donner la possibilité de répondre aux critiques, contribuerait à éclairer le débat. Des excuses publiques, telles que les réclament les associations, accompagnées d’engagements concrets en faveur de l’accessibilité universitaire, pourraient donner à cette controverse une issue utile. L’enjeu serait alors de transformer l’émotion suscitée en progrès réel pour les étudiants concernés.
Le ministre de l’Enseignement supérieur a pourtant bien des chantiers à mener : désengorger les amphithéâtres, réduire les inégalités territoriales, améliorer l’accès aux bourses et au logement universitaire, lutter contre le décrochage et rapprocher les formations des perspectives d’emploi. À ces exigences s’ajoute celle d’une université véritablement accessible aux étudiants en situation de handicap. La tâche est considérable et appelle des réponses à la hauteur des attentes. Mais pour celui qui porte la responsabilité du savoir et de la formation des générations futures, une première exigence devrait aller de soi : savoir choisir ses mots. Car on ne peut porter une ambition d’égalité sans commencer par une parole qui respecte chacun.












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